Le temps : notions, mesures et jalons, calendriers

D’après Futura Planète – Patrick de Wever - 10 jun 2021 / D’après France Culture - Maxime Tellier – 25 jan 2020 / D’après : Journée scientifique du Bureau des longitudes - Patrick ROCHER - Temps et calendriers – 20 jun 2000 / D’après : France culture – Elasa Mourges – 14 jun 2021  / Yaël Nazé : « Astronomies du passé, de Stonehenge aux pyramides mayas » - The Conversation - 24 janvier 2020 / Trait d’Union A.R.Technip - Michel Grand – mars 2013

.            Le calendrier, système de repérage des dates en fonction du temps, a très tôt été inventé par les hommes pour diviser et organiser le temps sur de longues durées. L'observation des phénomènes périodiques du milieu où ils vivaient - comme le déplacement quotidien de l'ombre, le retour des saisons ou le cycle lunaire - ont servi de premières références pour organiser la vie agricole, sociale et religieuse des sociétés.

Qu’est-ce donc que le temps ?

Du calendrier à la montre

.            Le temps a d'abord été mesuré grâce à des cycles. Le plus simple étant celui du jour et de la nuit. Le plus simple ? À voir ! Car le jour et la nuit n'ont pas la même durée. Qui plus est, leur rapport varie tout au long de l'année et selon les latitudes et on sait aujourd’hui que les jours n'ont pas la même durée selon les ères géologiques.

Une manière de mesurer des phénomènes consiste à compter le nombre de jours, ou de saisons, ou de cycles astronomiques. Cette méthode peut être efficace à l'échelle humaine, mais ne l'est plus à l'échelle géologique : une année au Silurien durait 400 jours, car la rotation de la Terre diminue régulièrement.

Pourquoi 24 heures dans une journée ? Pour les astronomes babyloniens, l'année est un cercle de 360 jours, soit 6 sections de 60°. Aussi partagent-ils aussi le cercle de la journée (rotation de la Terre) en six périodes, on subdivise ensuite encore et obtient 12 puis 24. Pourquoi une année de 12 mois ? L'année était initialement découpée en fonction des lunaisons et il y a 12 lunaisons par an. Si l’année et le mois pouvaient tomber assez facilement sous le sens par l’observation de la nature, la semaine de 7 jours est restée longtemps problématique, sauf à interpréter la Genèse. Cette dernière unité de temps s'inspire donc des textes sacrés, mais aussi des phases lunaires et de la pratique des marchands assyriens.

.            Jusqu'au milieu du XXe siècle, les mouvements astronomiques servirent de référence pour définir les unités de temps. La découverte de variations de la durée du jour a marqué la fin de l'unité de temps basée sur la rotation de la Terre. Depuis 1967, la seconde est calée sur un phénomène atomique : elle est la durée de 9.192.631.770 périodes de la radiation correspondant à la transition entre les deux niveaux de l'état fondamental de l'atome de césium 133. Depuis 1983, le mètre est la longueur du trajet parcouru dans le vide par la lumière pendant une durée de 1 / 299.792.458 de seconde.

Et même si le mètre est aujourd'hui défini par le temps, il est amusant de constater qu'initialement ce fut une longueur qui permit de définir du temps. En effet, la longueur du pendule a servi à définir la seconde. Le pendule oscille de façon régulière, Galilée s'en est donc servi comme chronomètre. Huygens calcula la période de battement du pendule et montra que celui-ci dépendait de la longueur du pendule, et non de la masse qui est en mouvement, ce qui fut utilisé en horlogerie. Il fut alors établi que, pour qu'un pendule batte la seconde à Paris, il fallait un fil de 99 centimètres, c'est-à-dire presque un mètre. Une seconde, un mètre...

          Les chinois ont utilisé des cierges qui brûlent pour se repérer ; on retrouve cette pratique dans certaines ventes aux enchères. Ils ont poussé la sophistication jusqu'à faire brûler des bâtons d'encens avec des parfums différents ; ainsi on ne lisait pas le temps, on le humait. Une approche sensorielle du temps. Les Chinois, bien qu'ils n'aient méconnu, ni les calendriers ni les horloges n'ont pas eu besoin d'élaborer de notion de temps à proprement parler. La pensée chinoise n'oppose pas le passé, le présent et le futur. La langue chinoise ne conjugue pas, elle ne lie pas le temporel et le verbal comme nous le faisons. La vie est pensée comme une succession de saisons singulières et non comme un déroulement irrémédiablement orienté.

.            Après les calendriers fondés sur les cycles lunaires, Jules César imposa un calendrier « solaire », qui repose, en fait, sur le lever et le coucher des constellations traversées par le soleil durant sa course apparente dans le ciel. Et nous employons, depuis la Renaissance, le calendrier que le pape Grégoire XIII adopta pour rectifier les décalages accumulés au fil des années avec le calendrier julien. La Révolution française a tenté de supprimer cette planification du temps instauré par l'Église au profit d'un calendrier « pratique », raisonné, basé sur une semaine de 10 jours. Mais la nature s'accorde difficilement avec la rationalité humaine et l'on est vite revenu au bon vieux calendrier grégorien.

.            Le temps n'existe pas en soi, il nous apparaît grâce à des enregistrements ; il est appréhendé grâce à des repères. Le sablier en est la représentation la plus commune et la plus pertinente : il est du temps matérialisé dans l'espace. Divers instruments ont mesuré l'écoulement du temps : clepsydre, cadran solaire, sabliers, horloges puis montres.  Le temps de l'horloge, qui rythme inéluctablement nos jours, a construit le temps social.

Affrontement des temps

.            Quelle est la dimension du temps ?  Il n'y a que deux types de temps possibles : linéaire et cyclique.

          Le paradoxe du temps qui, depuis Einstein, est devenu relatif, a inspiré de nombreux artistes. Citons les « Montres molles » de Salvador Dalí. Évoquons aussi la mythique Pénélope qui, défaisant la nuit l'ouvrage qu'elle construit le jour, tente de repousser le temps. Chronos, le dieu grec du temps, mangeant ses propres enfants, symbolise bien la paradoxale autodestruction du temps, comme les secondes qui s'éteignent dès qu'elles sont passées.

C'est peut-être ce paradoxe, mêlé d'une angoisse de mort, qui conduit l'Homme à tenter de maîtriser le temps, le temps humain, le temps de la Terre et de l'espace, et à se positionner devant un infini.

Le temps est généralement simple et compréhensible quand il est court, il devient plus flou et plus difficile d'accès quand il est long. Il est alors nécessaire de disposer de repères.

Le temps a-t-il une valeur absolue ?

.            L’homme a conscience de n'appartenir qu'à un temps court, le temps terrestre. Pourtant le mouvement lent des étoiles dans le ciel nous enseigne un temps long, astronomique. Longtemps se heurtés les tenants de la durée « courte » et ceux de la durée « longue ».

Dans la mythologie indoue, bien avant notre ère, le concept de temps long semble accepté. Hérodote (env. 484-425 avant J.-C.) évoquait des phénomènes qui puissent s'étendre sur 20.000 ans pour expliquer certains aspects de la sédimentation du Nil. Mais la pensée gréco-romaine, en matière de durée des temps géologiques, va péricliter au Moyen Âge, relayée par les enseignements bibliques des pères de l'Église. Dans notre monde occidental, empreint d'une culture chrétienne, le monde a été créé par Dieu : il y a donc un commencement et le temps est orienté, vectoriel.

Mais comment appréhender l'âge de la Terre ?

.            La Bible donne des informations qui ont été exploitées pour évaluer l'âge de la Terre. En sommant les âges des patriarches décrits dans la Bible, certaines écoles ont cherché à calculer l'âge de la Création. La plus célèbre proposition est celle de l'archevêque Ussher, qui, en 1654, avait calculé que la Terre avait été créée le 22 octobre, en 4004 avant notre ère en remontant jusqu'à Adam et Eve. Calcul repris et affiné quelques années plus tard à Cambridge par le Dr. John Lightfoot, qui écrivit : « Heaven and Earth,… were created by the Trinity on the 26th of October 4004 B.C. at 9 o'clock in the morning » !

Cet âge fut admis comme une vérité : Shakespeare, dans la pièce As you like it fait dire à Rosalin « this poor world is almost six thousand years old ». Cet âge fait sourire aujourd'hui, et pourtant... C'était là le résultat de données réputées très solides, celles de la Bible, le livre de la Vérité par excellence dans nos civilisations, qui avaient été traitées selon des méthodes mathématiques très élaborées. Le résultat ne pouvait être que solide ! Ne trouve-t-on pas, même de nos jours, des déclarations très doctes, issues de calculs effectués par des gens très crédibles sur des machines très élaborées et qui ont, pour ces seules raisons, force de vérité ?

.            Mais à partir de Galilée, un des objectifs de la science en marche, a été de substituer à l'histoire biblique de la Terre une histoire fondée sur la mesure des objets naturels reliques des temps passés.

.            À la fin du XVIIsiècle, l'affirmation d'immenses durées (par millions d'années) a parfois un caractère volontairement subversif, qu'il relève ou non d'une approche scientifique. L'affirmation va se transformer en démonstration au XVIIIe siècle. Se basant sur les considérations météorologiques et géologiques, Jean-Étienne Guettard avait ainsi calculé en 1779 que les vallées de la région d'Étampes avaient plus de dix mille ans. Bien plus que les 6.000 ans admis alors pour l'âge de la Terre. Profondément religieux, Guettard en déduisit que sa méthode n'était pas fiable. Outre-Manche, l'abbé Needham était parvenu à la même conclusion en 1769 et avait reculé également devant cet abîme temporel. La science est faite par des hommes, elle est donc soumise aux pressions culturelles et sociales de leur époque.

Mais d'autres persévèrent. Georges Louis Leclerc, comte de Buffon, applique le même principe dans ses terres de Bourgogne. Il trouve alors que les vallées ont beaucoup plus de 10.000 ans, et qu'a fortiori la Terre est encore bien plus âgée. Quelques décennies auparavant, H. Gautier avait déduit le temps nécessaire pour éroder les continents (1721). On notera d'abord qu'il était précurseur en ce domaine. On relèvera ensuite qu'il avait proposé un âge de 35.000 ans. Et pourtant, si on reprend les données livrées par Gautier, on ne peut pas trouver moins de quelques millions d'années. Cette étrangeté peut s'expliquer de deux façons : soit il ne savait pas compter, ce qui peut paraître surprenant pour un ingénieur des mines, soit il a volontairement affiché un résultat faux qui lui permettait de proposer sa méthode sans risquer l'ire des institutions pour lesquelles il était établi que le Terre avait 6.000 ans.

En suivant une méthode proche de celle de Gautier, l'abbé Palassou (1784) était arrivé à dire qu'il faut au moins un million d'années pour éroder les Pyrénées. L'abbé Soulavie (1784), à partir de l'étude de l'altération, estime qu'il faut plus de six millions d'années pour araser une seule coulée de lave. Cuvier, en 1812, parle également de « milliers de siècles » pour caractériser la durée des créations successives.

.            L’évidence grandissante de longues durées géologiques traduit finalement un mouvement collectif de la pensée. Une estimation de la durée des temps géologiques est tentée par l'astronome Halley, en 1715, sur la base de calculs fondés sur l'accroissement inexorable de la salinité de l’eau de mer depuis la condensation de l'« océan primitif ». Ses travaux sont repris par Joly en 1899 qui aboutit à un âge de 90 millions d'années.

.            Pour résumer, jusque vers 1750, seuls quelques « mal-pensants » isolés affirment les longues durées.

Buffon et la première approche expérimentale de la mesure du temps

.            Intrigué par le résultat fourni par ces comptage « géologiques », Buffon veut le tester en partant de l'observation des mineurs : la température augmente lorsque l'on s'enfonce dans les entrailles de la Terre. Il en tire une hypothèse de travail : c'est parce que la Terre originelle était une sphère de matière en fusion.

.            Buffon se tourne alors vers la physique, et partant d'une publication de Newton sur la propagation de la chaleur, il définit un protocole expérimental rigoureux. Il fait forger des boulets de fer, dans ses forges de Montbard en Bourgogne, dont le diamètre varie. Il les fait ensuite chauffer à la limite de leur point de fusion et mesure la durée de leur refroidissement. Les mesures obtenues montrent une corrélation positive entre diamètre des boulets et durée de refroidissement, ce dont Buffon tire une régression graphique qui lui permet d'extrapoler la durée de refroidissement d'un boulet dont la taille serait celle de la Terre.

Dans une première publication, « Les époques de la Nature », en 1779, Buffon annonce ainsi que la Terre doit avoir 25.000 ans, un âge bien plus important que celui admis alors par l'Église. La hardiesse de la pensée de Buffon, pour l'époque, confine à la témérité et l’éloigne de Paris. Après quelque temps et quelques lettres d'excuses aux instances ecclésiastiques, il continue ses travaux et publie successivement 50.000 puis 75.000 ans, des estimations qui forcent encore le jugement de l’Eglise et des scientifiques craintifs de celle-ci.

.            En réalité, les carnets de Buffon révèlent que ses expériences donnent à la Terre plus de 10 millions d'années. Buffon n'a jamais publié ce chiffre, est-ce encore la pression sociale et morale qui l'a contraint à cette « discrétion » ? Mais sa conviction était intacte et les résultats de son étude transparaissent à la fin de son livre.

Les expériences de Buffon ont un retentissement important sur la pensée de son époque : c'est tout à la fois la réémergence et la démonstration de la notion de longue durée des temps géologiques. Certains de ses contemporains le soutiennent, d'autres s'opposent à lui. Buffon bénéficiait de soutiens tel celui de Jean-Baptiste Lamarck et avec lui le temps long fait également irruption en biologie. C'est un progrès fondamental, qui ouvre la porte à la théorie de l’évolution des espèces.

Les idées de Buffon seront également reprises en Angleterre par Charles Lyell (1830) : « Si on est convaincu de l'immense durée des temps géologiques, les catastrophes deviennent superflues et tout peut s'exprimer par une évolution lente : évolution et non révolution. » La reconnaissance d'un temps long n'invalide pas pour autant les catastrophes, notamment environnementales, en tant que facteur de changement global.

L’avènement de la physique qui comble le vide méthodologique

          Buffon fait figure de pionnier pour avoir contribué à développer le concept de temps long et la notion de la durée en histoire naturelle : « Le grand ouvrier de la nature c'est le temps, par degrés, par nuances, par succession, il fait tout. »

L'utilisation des fossiles, eu égard aux théories de l'époque sur l'évolution des êtres vivants, ne va pas sans poser d'importantes et lancinantes interrogations sur le temps nécessaire à cette évolution et, partant, sur la durée des époques distinguées à partir des fossiles. Darwin (1859) va s'y essayer dans L'origine des espèces et propose l'écoulement du temps de l'ordre de 300 millions d'années depuis la fin du Secondaire, un ordre de grandeur correct. Cependant, quelques années avant la fin du XIXe siècle, l'âge de la Terre reste encore très indéterminé. Les propositions vont de quelques millions à des centaines de millions d'années.

Déjà, en 1820, dans une approche comparable à celle de Buffon, mais uniquement fondée sur le calcul, Fourier avait abouti lui aussi à un âge de plusieurs dizaines de millions d'années.

Lord Kelvin propose en 1864 un âge de 98 millions d'années dans une fourchette comprise entre 20 et 400 Ma. Après beaucoup de révisions il se prononcera en faveur d'un âge de 24 millions d'années. Mais Kelvin, en tant que physicien, combat farouchement les principes formulés par Charles Lyell et tout particulièrement la notion de temps très long. En effet, au nom du principe de la conservation de l'énergie et compte tenu de l'existence aisément vérifiable du gradient géothermique, le Terre perd de la chaleur. Or l'énergie d'un système est finie.

Le saut qualitatif et quantitatif dans la nuit des temps se produit après la découverte de la radioactivité par Becquerel, en 1896. Rutherford montre que la désintégration radioactive est calculable en fonction du temps, ce qui en fait une horloge potentielle. Avec lui, Holmes établit une échelle chronologique absolue. On estime alors l'âge de la Terre à au moins 3 milliards d'années. C'est le début du XXe siècle. L’horloge atomique apparaît. On s'aperçoit au passage que Lyell avait raison et que Kelvin avait tort.

L’origine de notre Planète, remonte à 4,6 milliards d'années. Les premières traces de vie attestées datent de 3,5 milliards d'années, mais les plus anciennes coquilles connues datent du Cambrien : 550 millions d'années. Le monde fossilifère représente donc 12 % seulement de l'histoire de notre globe. Il convient alors de ne pas confondre l'histoire de la Terre et celle que l'on obtient à partir des fossiles. Pour prendre encore du recul, noter que le Big Bang qui engendra l'univers connu s'est produit il y a probablement 13,8 milliards d'années et que le soleil s’éteindra dans moins de 5 milliards d'années.

Aux origines de la mesure du temps

.            La communauté chinoise célèbre le nouvel an 4718, l’année du Bœuf (buffle), le 12 février 2021. Le calendrier chinois est l'un de ceux, avec le juif, l’orthodoxe, le musulman, le japonais, …, qui continuent d'exister malgré la prééminence du calendrier grégorien, devenu universel. Le calendrier que nous utilisons quotidiennement est le fruit de siècles de réflexion et d'évolution. Entre les premières tentatives de mesurer le temps et aujourd'hui, les humains ont imaginé de nombreuses façons de bâtir un calendrier : basé sur le rythme des saisons, de la Lune, du Soleil... Utilitaire pour repérer les fêtes religieuses ou les cycles de l'agriculture.

Les progrès en astronomie à la base du calendrier.

.            Les grands progrès de l’astronomie datent de 2000 ans avant Jésus-Christ. Pendant la Préhistoire et les débuts de l'Histoire, les hommes vivaient dehors essentiellement et regardaient les mouvements du Soleil, de la Lune, des étoiles... Avec ces observations simples mais répétées, ils avaient depuis longtemps compris, à peu près, le fonctionnement du Soleil.

Il y a 4.000 ans, les Égyptiens savaient que l'année durait environ 365,25 jours. La clef du succès était la durée d'observation ; ils avaient le temps, ils le prenaient. Avec un cadran solaire, on savait que l'ombre créée par le Soleil revenait au même endroit au bout d'un an mais ça n'était pas très précis.

Scènes peintes de couleurs vives et inscriptions hiéroglyphiques relatives à l'astronomie, l'astrologie, la cosmologie et le zodiaque sur un plafond du temple d'Hathor, à Dendérah, en Egypte. Epoque gréco romaine. Crédits : Werner Forman / Universal Images Group – Getty

Pythéas, en 400 avant J.-C. à Marseille, avait très bien saisi le mouvement du Soleil et avait mesuré la latitude de Marseille. On dispose de tablettes d'argile qui datent de 5000 ans où l'on trouve la définition du zodiaque, la division du cercle en 360 degrés ... Donc déjà beaucoup de choses. A l’époque de Jules César, l'astronomie était donc déjà bien connue, les cycles du Soleil et de la Lune à peu près bien compris.

Le cycle de la Lune plus simple à mesurer a été utilisé pour les premiers calendriers.

.            Le cycle de la Lune est évident : on voit très bien à quel moment la Lune est pleine, à peu de choses près. Par contre, ce cycle est variable : deux lunaisons successives n'ont pas la même durée. Tout ceci a mené à tous les errements des calendriers lunaires qui, par ailleurs, sont inutilisables pour l'agriculture. La religion pouvait fonctionner dans le cadre d'un calendrier lunaire mais pas l'agriculture, basée sur l'évolution des saisons, qui est liée au Soleil.

Dans un premier temps, on a essayé de recaler l'année en ajoutant un treizième mois mais le résultat n'était pas très probant. En comptant douze lunaisons, on arrivait à une année d'environ 354 jours, soit 11 de moins par rapport à une année réelle. Au bout de trois années lunaires, on pouvait donc ajouter un mois supplémentaire pour combler à peu près... Mais l'ajout de ce 13e mois se faisait quand le besoin s'en faisant sentir, de façon non prédictible. On n'a rarement la trace de ces ajouts et donc on ne peut pas utiliser les chronologies anciennes de ces civilisations.

La date de notre premier calendrier.

.            Tout dépend de ce qu'on appelle calendrier. S'il s'agit d'un objet qui prévoit la durée de l'année avant qu'elle ne se produise, stable et prévisible, alors on pense au calendrier julien. L'abri Blanchard en Dordogne recèle une notion plus vague avec un os gravé avec des points et des petits croissants qu'on interprète cependant comme un calendrier lunaire. Cet objet date de 35.000 ans. Dans la Préhistoire, les Hommes faisaient déjà des recherches sur le mouvement de la Lune ... On a trouvé beaucoup d'autres traces un peu partout, mais qui ne sont pas toujours faciles à interpréter.

L'origine de notre calendrier a été fixée par le moine scythe (Roumanie et Bulgarie actuelles) Denys le Petit, qui a vécu au Ve et VIe siècle de notre ère. Cet « écrivain ecclésiastique », avait essayé de déterminer la date de naissance de Jésus. Et la fixa de manière assez arbitraire au 25 décembre 753 AUC (Ab Urbe Condita, "à partir de la fondation de la ville" de Rome). Partant de là, il pensait être en 535 après cette date, mais il a choisi 532 à la place car ce chiffre était le produit de trois cycles très importants dans le calendrier (4 pour les années bissextiles, 7 pour la semaine et 19 pour suivre la Lune afin de fixer la date de Pâques (cycle de Méton qui ramène les mêmes phases au bout de 19 ans). C'est ainsi que l'ère chrétienne a été fixée : 532 ans avant les travaux de Denys le Petit, et correspondant à la date supposée de la naissance du Christ.

Ses travaux sont à la base du calendrier que nous suivons actuellement, adopté chez nous à l’époque de Pépin le Bref et de Charlemagne. Cette date choisie par lui est le point de départ « d’après lequel les modernes supputent soit avant, soit après ». On parla dès lors d' « ère chrétienne » ; « ère vulgaire », « ère de l’incarnation », voire « ére de la liberté » (calendrier révolutionnaire), autant d’appellations tombées en désuétude. On parle aujourd’hui d’« ère commune » (abrégée par son sigle EC) ou d’« avant l'ère commune » (AEC), locutions destinées à supprimer la référence à Jésus-Christ (socialement correct exige !)

L’an 0.

           Il n'y a pas d'an 0 dans notre calendrier : nous passons directement de l'an 1 avant Jésus-Christ à l'an 1 après Jésus-Christ. C'est pour cela que le troisième millénaire n'a commencé qu'en 2001, et que la troisième décennie du XXIe siècle n’a débuté qu'en 2021.

Les calendriers

.            Très tôt, pour maintenir les fêtes et cérémonies religieuses aux mêmes époques, l’homme se trouva confronté au problème de concilier et d’accorder les périodes du jour, du mois lunaire et de l’année solaire. Ces deux périodes, la lunaison et l’année tropique (retour des saisons) donnèrent naissance aux trois types de calendrier astronomique classique qui s’y rattachent. : les calendriers solaires (les calendriers julien et grégorien), les calendriers lunaires (le calendrier musulman) et les calendriers lunisolaires (le calendrier israélite).

Calendrier hébraïque de l'année 5591 (1831 dans le calendrier grégorien).

 Les différentes approches pour la construction des calendriers

Les calendriers d’observations

.            Ces calendriers sont construits au jour le jour. Les débuts du mois lunaire ou de l’année solaire sont déterminés par l’observation directe des phénomènes servant à définir le mois (pleine Lune ou nouvelle Lune) ou l’année (passage du Soleil dans la direction d’un équinoxe ou d’un solstice). Ces calendriers sont par nature des calendriers locaux et souffrent des imprécisions liées à l’observation. De plus ne pouvant prédire les phénomènes ils ne permettent pas de se projeter dans le futur. C’est le cas par exemple du calendrier musulman religieux qui est un calendrier lunaire basé sur la visibilité et l’observation du premier croissant de Lune.

Les calendriers perpétuels

.            Ces calendriers sont construits à l’aide de relations arithmétiques plus ou moins complexes utilisant les valeurs moyennes de la lunaison (mois lunaire) ou de l’année tropique (année solaire). Ces calendriers ne sont jamais en accord parfait avec l’observation des phénomènes vrais, mais suivent avec une bonne précision et sur de longues périodes de temps la lunaison moyenne et l’année tropique moyenne. Ces calendriers ne sont pas des calendriers locaux et ils permettent de se projeter dans le futur sur des périodes de temps relativement longues sans dérives importantes par rapport aux phénomènes. Depuis l’antiquité, la plupart des calendriers occidentaux sont de ce type. C’est le cas des calendriers lunaires grecs, des calendriers solaires romains (calendrier julien, puis grégorien) et du calendrier lunisolaire juif.

Les calendriers astronomiques

.            Ces calendriers sont construits à l’aide des théories mathématiques des mouvements de la Lune et du Soleil. Ils utilisent la prédiction des durées exactes de la lunaison vraie et de l’année tropique vraie. Ce sont des calendriers locaux, calculés pour des lieux particuliers. Ils sont théoriquement les plus précis, mais souffrent de la complexité et la diversité des théories. Certains de ces calendriers utilisent les mouvements sidéraux de la Lune et du Soleil à la place de la lunaison et de l’année tropique. Les calendriers religieux orientaux, indien et chinois, sont de ce type.

Précision et valeurs de l’année tropique

.            La valeur de l’année tropique moyenne varie très lentement au cours du temps. Dans le futur, l’évolution des écarts entre le Temps terrestre et le Temps universel étant difficilement estimable sur de longue période de temps, il est tout à fait illusoire de vouloir construire un calendrier tenant compte de l’évolution de ces écarts.

Les calendriers romains

.            Notre calendrier est issu d’un calendrier plus ancien le calendrier julien, instauré par Jules César. Pour bien comprendre sa structure et ses origines il convient de retracer rapidement l’histoire des calendriers romains.

.            Les Romains ont utilisé plusieurs origines pour compter les années. L’ère de la fondation de Rome (AUC : Ab Urbe Condita), créée par Varron, se basait sur la légende de la fondation de Rome par Romulus et Rémus et débutait le 21 avril 753 av.J.C. dans la 3e année de la 6e Olympiade (L’ère des Olympiades a été introduite par l’historien Timée (IIIe siècle av.J.C.) à partir d’une liste des vainqueurs des Jeux Olympiques).

Les Romains, à l’origine, ont utilisé un calendrier lunaire de 10 mois, ayant alternativement 30 et 29 jours. L’année comportait donc 295 jours. À ce calendrier va succéder, un calendrier de 304 jours portant le nom de calendrier de Romulus, personnage légendaire fondateur de Rome, fils de Mars et de la déesse Rhéa. Les quatre mois de 31 jours étaient appelés mois pleins (plenimenses) et les mois de 30 jours étaient appelés mois caves (cavimenses). L’existence de ce calendrier, tout comme Romulus, est vraisemblablement une légende, en effet ce calendrier ne suivait ni la Lune ni le Soleil et présentait donc peu d’intérêt.

Il est plus vraisemblable que l’on soit passé directement du calendrier lunaire de 10 mois au calendrier solaire de 12 mois, connu sous le nom de calendrier de Numa (Numa Pompilius, ~715 / ~672 av.J.C.) ou de Tarquin (Tarquin l’Ancien, 5e roi de Rome, mort vers 578 av.J.C.). Les mois comportaient 29 et 31 jours, les nombres pairs étant considérés comme néfastes.

En 450 av.J.C. le décemvir (collège de 10 magistrats (décemvirat) avec des rôles législatifs, juridiques, religieux et administratifs) déplaça le mois de Februarus après le mois de Januarus. L’année était de 355 jours et il manquait 10 jours pour avoir une année solaire de 365 jours. Pour remédier à ce problème les romains intercalèrent un mois supplémentaire tous les deux ans.

Le mois supplémentaire, appelé Mercedonius (mois où l’on payait les mercenaires), comportait 22 ou 23 jours et était placé entre le 23 et le 24 Februarus ou entre le 24 et le 25 Februarus. Dans ce cas le 23 ou le 24 Februarus devenait le dernier jour du mois (fêtes de Regifugium le 23 et de Terminalia le 24), le mois intercalaire commençait le lendemain, et on y ajoutait les 5 ou 4 derniers jours du mois de Februarus. On avait donc sur une période de quatre ans : une année de 355 jours, puis une année de 377 jours (355 - 5 + 27), puis de nouveau une année de 355 jours et enfin une année de 378 jours (355 - 4 + 27). Soit un total de 1.465 jours. Ce système n’était pas exact, il présentait un excès de quatre jours par rapport au retour des saisons. On envisagea alors, sur une période de 24 ans, une répartition complexe des années comportant un mois supplémentaire. Ce cycle de 24 ans porte le nom de cycle Mercédonien.

.            Au cours de ce cycle, on remplaçait un mois Mercedonius de 23 jours par un mois de 22 jours et on supprimait le dernier mois de 23 jours. On obtenait ainsi une longueur moyenne de l’année de 365,25 jours, valeur proche de la révolution tropique moyenne.

Ce cycle trop complexe n’a jamais été correctement appliqué. Le législateur confia aux pontifes (pontifex maximus) le soin de décider l’intercalation et la longueur du mois supplémentaire. Les pontifes, notamment après l’adoption de la loi acilienne de 563 AUC (191 av.J.C.) rétablissant leur toute puissance, utilisèrent cette prérogative pour raccourcir ou prolonger les magistratures. Il s’ensuivit un décalage de plus en plus grand entre le calendrier et les saisons.

Au moment de la réforme du calendrier par Jules César, en l’an 708 AUC (46 av.J.C.), l’écart entre le calendrier et les saisons était de - 90 jours.

La structure du mois romain

.            Le mois romain ne comportait pas de semaines, mais un système de 8 lettres, les lettres nondinales, allant de A à H, permettant de repérer la succession des jours dans le mois.

Au début de chaque année un responsable choisissait une lettre nondinale correspondant au jour du marché. Le mois était divisé en trois parties inégales séparées par trois fêtes : les calendes (calendae) le premier jour du mois, les nones (nonae) le 5e ou le 7e jour (suivant le mois) et les ides (idus) 8 jours plus tard (le 13e ou 15e jour du mois). Le décompte des jours se faisait dans le sens rétrograde, d’après leur distance à ces trois fêtes, et cela d’une manière inclusive en comptant le jour de départ et le jour d’arrivée. Ainsi le jour de la fête portait le numéro 1, le jour précédent s’appelait la veille (pridie), mais l’avant-veille se désignait par le troisième jour avant la fête (ante diem III). L’expression ante diem était placée devant le numéro d’ordre du jour, d’où l’abréviation ad3 figurant dans les calendriers.

La lettre nondinale était suivie d’une lettre ou d’une série de lettres indiquant le type du jour. On trouve les abréviations suivantes : F, pour les jours fastes (dies fasti), où l’on pouvait rendre justice ; N pour les jours néfastes (dies nefasti), où l’on ne pouvait pas rendre justice ; EN pour les jours entrecoupés (dies intercisi) dont une partie était faste et l’autre néfaste. Lorsque la première moitié était néfaste et la seconde faste (ou réciproquement) les abréviations deviennent NF et FP (nefastus primo et fastus primo). La lettre C désigne les jours de comices (dies comitiales) pendant lesquels le peuple pouvait se réunir pour s’occuper des affaires publiques et voter.

La réforme julienne

.            En l’an 708 de la fondation de Rome (AUC), la réforme du calendrier par Jules César (d'où son nom) remplaça le calendrier romain républicain. Elle consistait à rattraper le retard pris par l’ancien calendrier par rapport aux saisons, puis à modifier la structure du calendrier de manière à supprimer sa dérive par rapport à l’année tropique moyenne.

Pour réaliser cette réforme, Jules César a suivi les conseils d’un astronome grec d’Alexandrie, Sosigène. La réforme repose sur l'hypothèse que l'année tropique comporte exactement 365,25 jours. Pourtant Hipparque, le plus grand astronome de l'Antiquité, avait reconnu, cent ans plus tôt, que l'année est inférieure à 365,25 jours et lui attribuait 365 jours 5 heures 55 minutes. Sosigène ne pouvait ignorer le résultat d'Hipparque, mais cet écart de cinq minutes lui parut sans doute négligeable pour un calendrier.

Le rattrapage du retard sur les saisons se fit ainsi :

- L’année 707 AUC fut la dernière du calendrier de Numa avec un mois intercalaire de 23 jours et compta 378 jours du 1er Martius au 27 Mercedonius.

- L’année 708 AUC (année de la confusion) a eu 365 jours du 1er Martius au 29 December avec deux mois intercalaires supplémentaires entre November et December ; un mois de 33 jours (intercalis prior) et un mois de 34 jours (intercalis posterior). C’est la dernière année à commencer au mois de Martius.

L'année civile devant, par commodité, avoir un nombre entier de jours, l'année commune fut fixée à 365 jours, et donc sciemment trop courte d'un quart de jour. Pour lier le calendrier aux saisons, pour que les phénomènes astronomiques qui les gouvernent se reproduisent aux mêmes dates, la suppression de la dérive est obtenue en utilisant sur un cycle de quatre ans, trois années communes de 365 jours et une année bissextile de 366 jours. La valeur moyenne de l’année calendaire est donc de 365,25 jours. L’année de 366 jours était obtenue en doublant un jour de Februarus. Ce jour étant le sixième jour avant les calendes de Martius (Ante diem sextum calendas Martias), le jour intercalaire prit le nom de Ante diem bis sextum calendas Martias qui est à l’origine du terme bissextile.

Enfin César ramena le début de l'année du 1er mars au 1er janvier, date à laquelle les consuls entraient en charge : l’année 709 AUC commença donc le 1er Januarus et est la première année du calendrier julien ; elle est bissextile (366 jours). Il fut décidé aussi, foi de Sosigène, que l'équinoxe de printemps coïnciderait désormais avec le 25 Martius (en réalité, il tombe le 23 mars à 13 h 08 mn UT).

Le 1er janvier de l'an 45 av.J.-C. inaugure donc la réforme julienne.

Remarques :

.            L’année 709 AUC est la première année bissextile, donc dans le décompte des années depuis l’ère de la fondation de Rome, les années dont le millésime moins un est divisible par quatre sont bissextiles.

L’épithète bissextile est réservée à l’année. Le jour additionnel est le bissexte, substantif peu employé ; l’usage consacre l’expression (incorrecte) de jour bissextile.

L’expression année bissextile (annus bissextilis) pour désigner l’année de 366 jours ne date pas de l’époque de César, et on ne la rencontre pratiquement pas dans les écrits antérieurs à Bède le Vénérable (VIIIe siècle).

On trouve souvent dans la littérature que l’année de la confusion comporta 445 jours, ce qui est inexact, car en réalité c’est la magistrature consulaire de César et Lépide (pontife après la mort de César) qui s’étend du 1er Januarus 707 au 29 December 708 et qui dura effectivement 445 jours : 80 jours en 707 [Januarus (29 j), Februarus (24 j) et Mercedonius (27 j)] et 365 jours en 708.

Jules César fut assassiné aux ides de Martius de l’année suivante (15 mars 710 AUC, 44 av.JC). Il fut remplacé comme consul par P. Cornelius Dolabella. Le jour de ses funérailles, Marc Antoine, avec l’aide du nouveau Pontifex Maximus M. Lepidus instaura le processus de divinisation de César et proposa au Sénat de rebaptiser Julius le mois de Quintilis. Après la réforme julienne le calendrier romain avait dont la structure suivante, celle du calendrier actuel :

.            À la suite de la mort de César, les Pontifes en charge du calendrier vont mal appliquer la réforme julienne en intercalant une année bissextile tous les trois ans à la place de tous les quatre ans. La confusion venait probablement de la pratique de dénombrement inclusif utilisée par les romains. Cette erreur a été commise durant une période de 36 ans, les années 712, 715, 718, 721, 724,727, 730, 733, 736, 739, 742 et 745 AUC furent donc bissextiles. Donc sur cette période de 36 ans on compta 12 années bissextiles à la place de 9. En 746 AUC, Auguste s’aperçut de cette erreur et la corrigea en supprimant les années bissextiles pendant 12 ans, les années 749, 753 et 757 furent donc communes et le cycle des années bissextiles reprit en 761 AUC. Pour remercier Auguste, le Sénat proposa de nommer Augustus le mois Sextilis. Or Sextilis était un mois de 30 jours, et comme le mois d’Auguste ne pouvait être plus court que le mois de César, on prit un jour au mois de Februarus que l’on ajouta au mois d’Augustus. Mais en faisant cela on créait trois mois consécutifs (Julius, Augustus et September) de 31 jours. Pour supprimer cette succession de mois de 31 jours, on modifia la longueur des quatre derniers mois de l’année, en inversant leurs durées.

Précision et dérive du calendrier julien.

.            Il y a 20 siècles, à l’époque de la réforme julienne, la valeur exacte de l’année tropique moyenne était de 365,244 891 4 jours, alors que la valeur connue était celle observée par Hipparque (365 j 5 h 55 mn ~ 365,246 53 jours), et l’adoption d’une année bissextile tous les 4 ans donnait à l’année calendaire une longueur moyenne de 365,25 jours. Cette valeur est un peu plus longue que l’année tropique moyenne. L’écart d’environ 7 minutes par an semble insignifiant à l’échelle d’une vie humaine, mais il va, au cours des siècles, entraîner une dérive de la date des saisons dans le calendrier. La date de l’équinoxe de printemps, va donc lentement dériver vers le début du mois de Martius. Cette dérive nécessita une nouvelle réforme du calendrier. Elle fut l’oeuvre du Pape Grégoire XIII en 1582, et fut incluse dans une réforme plus large modifiant le comput de la date de Pâques.

Le comput pascal, l’introduction de l’ère chrétienne dans le calendrier julien.

.            Après la mort du Christ, les premiers chrétiens prirent l’habitude de célébrer sa résurrection. Certains chrétiens célébraient cette fête le jour même de la Pâque juive, d’autres trois jours plus tard et d’autres enfin, le dimanche suivant. La Pâque juive est liée au calendrier juif (un calendrier de type lunisolaire) et tombe toujours le soir du 14e jour du mois de Nissan (d’où le nom de quartodécimans donné aux chrétiens qui se basaient sur la date de la Pâque juive), jour de la pleine Lune suivant l’équinoxe de printemps (pour les juifs c’est le 15 Nissan, le jour juif commençant le soir).

En l’an 325, les Pères de l'Eglise qui tenaient le premier concile oecuménique à Nicée décidèrent d’uniformiser la date de Pâques chrétienne et de s’affranchir du calendrier juif. Pâques fut donc fêté le dimanche qui suit le 14e jour de la Lune qui atteint cet âge au 21 mars ou immédiatement après. Cette définition, un peu complexe peut se traduire de la façon suivante : Pâques est le premier dimanche qui suit la première pleine Lune de printemps, l’équinoxe de printemps étant fixé au 21 mars. Le concile de Nicée donna une définition de la date de Pâques, mais ne fournit aucune méthode pour son calcul. (On n’a plus, le texte même du décret de Nicée concernant le règlement de la question pascale, on ne dispose que de trois témoignages).

Dès après le concile apparurent des divergences entre Alexandrins et Romains sur la date de l’équinoxe ; les premiers la fixaient le 18 mars et les seconds le 21 mars. Les différents centres religieux (Alexandrie, Rome) vont dès lors créer des computs pascaux différents. Parfois les écarts entre ces computs étaient sans conséquences, et Pâques tombait le même jour, mais parfois on arrivait à des désaccords importants, comme en 387, où les Alexandrins fêtèrent Pâques le 25 avril, les Romains le 18 avril et les Ariens de Gaules le 21 mars !

Les Pères avaient pensé que l'équinoxe de printemps tomberait désormais indéfiniment à cette date. Et c’est fort imprudemment qu’ils lièrent la fixation de Pâques à cette date du 21 mars. Dans les siècles qui suivirent, le calendrier julien continua, naturellement, à dériver par rapport à l'équinoxe, qui s'écarta peu à peu du 21 mars.

.            En 525, le moine scythe Denys le Petit, Dionysius Exiguus, (~500 / 545) proposa un comput pour le calcul de la date de Pâques. La détermination des dates de pleine Lune dans le calendrier julien utilisait le cycle de Méton basé sur le fait que 235 lunaisons sont presque égales à 19 années tropiques.

Les tables pascales de ce comput (Libellus de ratione Paschae) utilisaient comme époque d’origine la date de naissance du Christ que Denys le Petit estima être le 25 décembre 753 AUC, quatrième année de la 194e olympiade. Il proposa de compter également les années à partir de cette date et instaura ainsi l’ère chrétienne (AD Anno Domini). Pour la suite, les chronologistes décalèrent cette origine au premier janvier de l’an 754 AUC afin de la faire coïncider avec le début de l’année. Le comput pascal de Denys le Petit finit par s’imposer dans le monde chrétien, mais ne fut uniformément utilisé qu’à la fin du VIIIe siècle.

Le cycle Métonique utilisé dans ce comput ne suit pas parfaitement les phases lunaires, il introduit un décalage de l’ordre d’un jour tous les 308 ans. La date de Pâques va donc dériver. Le monde chrétien mit longtemps à trouver une solution à cette dérive. De nombreuses réformes se heurtèrent au conservatisme, et parfois à l’incompétence, des autorités religieuses et il fallut attendre la fin de XVIe siècle pour qu’une solution soit enfin adoptée.

La réforme grégorienne.

.            En 1582, 1.257 ans après le concile de Nicée, la Lune pascale utilisée dans le comput avait dérivé de 3 jours par rapport à la Lune moyenne réelle, ce qui était énorme. L'écart constaté était conforme aux calculs, et la date de l’équinoxe de printemps avait dérivé et tombait le 11 mars, en avance de 10 jours par rapport à la date du 21 qui lui avait alors été assignée.

.            Élu pape en 1572, Grégoire XIII (Ugo Boncompagni) mit en application la décision prise par le concile de Trente (1514-1585) de réformer le comput pascal, son nom restera lié à cette réforme et au calendrier qui en est issu (Il est également connu pour avoir promulgué l’Index librorum prohibitorum, la liste des livres interdits parmi lesquels allait figurer en bonne place le De revolutionibus de Copernic). Pour cela il réunit vers 1575 une commission composée de savants et d’esprits compétents. Il fit construire au Vatican la Galleria della Carte Geografiche (galerie des cartes), qui ressemblait à la tour des vents d’Athènes (nom qu’elle garda par la suite) et chargea l’astronome Ignazio Danti de fournir des instruments d’observations.

La réforme calendaire fut l’oeuvre de deux hommes, le médecin italien Aloïsio Lilio (mort en 1576 mais représenté par son frère Antonio Lilio) et un astronome allemand le jésuite Christopher Clavius. La réforme va porter sur plusieurs points : la correction des dérives constatées, puis une modification de la Lune pascale et du calendrier julien.

.            Il convenait de récupérer le décalage de 10 jours pour ramener la date de l’équinoxe de printemps au 21 mars, puis de modifier la répartition des années bissextiles de manière à supprimer trois années bissextiles sur une période de quatre siècles.

Pour ramener l'équinoxe au 21 mars, il suffisait de couper dix jours à l'année 1582. Ce retranchement fut fait par le pape Grégoire XIII pour l'Église romaine, au mois d'octobre. Le lendemain du jeudi 4 octobre 1582 julien fut le vendredi 15 octobre 1582 grégorien. La définition des années bissextiles dans le nouveau calendrier est la suivante : les années qui sont multiples de 4 sont bissextiles, donc avec un jour supplémentaire, à l'exception des années séculaires, qui ne sont bissextiles que si leur millésime est divisible par 400 ; ainsi 1700, 1800 et 1900 sont des années communes et 1600 et 2000 sont des années bissextiles. La moyenne de l’année calendaire est alors de 365,2425 jours, au lieu de 365,242 189 8 jours soit un excès de 1 jour en 3.223 ans, ou 26,8 secondes par an.

La réforme fut promulguée dans la bulle papale Inter Gravissimas du 24 février 1582 (datée en réalité 1581, car les bulles pontificales suivent le style de l’Annonciation où l’année débute le 25 mars).

Remarques :

.            La commission a ramené la date de l’équinoxe au 21 mars, date de l’équinoxe imposée par le concile de Nicée, elle aurait pu choisir de ramener l’équinoxe à la date de l’équinoxe de printemps du début de l’ère chrétienne (23 mars) ou à la date de l’équinoxe de printemps à l’époque de la création du calendrier julien en 46 av.J.C. Des propositions furent même faites pour décaler les saisons de manière à faire coïncider le solstice d’hiver et le début de l’année. Le conservatisme religieux l’emporta de nouveau et c’est la date de Nicée (21 mars) qui fut retenue.

Une des conséquences de ce choix est qu’il n’y a pas de coïncidence entre les deux calendriers pour l’origine d’ère chrétienne. Le premier jour du XXIe siècle est le premier janvier de l’an 2001 (soit le jour julien 2.451.911). Le premier jour de l’ère chrétienne est le premier janvier de l’an 1 (an 754 UAC, soit le jour julien 1.721.424) le nombre de jours écoulés entre ces deux dates est de 730.487 jours. Or 20 siècles grégoriens correspondent à 730.485 jours, soit un déficit de deux jours. Pour avoir coïncidence, il aurait fallu supprimer 12 jours à l’année 1582 et ramener l’équinoxe de printemps au 23 mars.

.            La valeur moyenne de l’année calendaire (365,2425 jours) est encore un peu trop forte, et il faudra supprimer un jour dans environ 3.000 ans si l’on veut conserver l’équinoxe de printemps au 21 mars. Mais les incertitudes sur l’évolution de la différence entre le temps terrestre et le temps universel ne permettent pas de dire quand cette correction sera nécessaire.

.            La réforme grégorienne tomba à une époque où l’autorité du pape était fortement contestée, par les protestants d’une part, mais également par les églises orthodoxes. Ainsi les pays catholiques répercutèrent rapidement la réforme calendaire et les pays protestants et orthodoxes mirent plus d’un siècle et demi pour l’adopter, sous le nom de calendrier julien réformé. Certaines églises orthodoxes continuent d’utiliser le comput julien et le calendrier julien pour le calcul et la célébration de leurs fêtes.

.            En France le calendrier grégorien a été instauré deux fois, une première fois sous Henri III, par l’ordonnance du 2 novembre 1582, le lendemain du 9 décembre 1582 julien fut le 20 décembre grégorien et une seconde fois sous l’empire, par le Sénatus-consulte du 22 Fructidor an XIII (9 septembre 1805) rétablissant l’usage du calendrier grégorien, à la place du calendrier républicain, à partir du premier janvier de l’an 1806.

Le début de l’année

.            De très nombreux styles furent en usage pour le début de l’année. Le tableau suivant en donne une liste non exhaustive :

Réformes et normalisation

.            De nos jours, la totalité de la planète utilise le calendrier grégorien, tout au moins pour les transactions internationales, mais un grand nombre de pays conservent parallèlement un ou plusieurs calendriers pour des raisons religieuses ou culturelles.

.            Au cours du XIXe et du XXe siècle, des réformes du calendrier grégorien furent proposées. Son principal défaut est lié à l’incommensurabilité du cycle dominical (7 jours) avec la longueur du mois et de l’année. Mais toutes les solutions proposées revenaient à introduire un ou plusieurs jours blancs (jours sans nom) qui rompaient le cycle de la semaine. Ces solutions furent rejetées par toutes les instances religieuses.

.            L’écriture et la définition de la date dans le calendrier ont fait l’objet d’une normalisation. Voici la définition « officielle de la date » issue de la norme ISO 8601 1998 publiée par l’AFNOR (indice de classement Z69-200), paragraphe 5.2.1 :

« Dans les expressions de dates du calendrier

- le jour du mois (jour du calendrier) est représenté par deux chiffres. Le premier jour d’un mois quelconque est représenté par (01) et les jours suivants du même mois sont numérotés par ordre croissant ;

- le mois est représenté par deux chiffres. Janvier est représenté par (01) et les mois suivants sont numérotés par ordre croissant ;

- l’année est généralement représentée par quatre chiffres ; les années sont numérotées par ordre croissant à partir de l’an (0001). »

.            Comme on le voit dans ces définitions toutes les quantités débutent par 1. La date ne représente pas le temps écoulé depuis l’origine du calendrier mais le numéro ordinal du jour en cours, le numéro ordinal du mois en cours et le numéro ordinal de l’année en cours. Ainsi la date 01/01/2000 signifie que l’on est le premier jour du premier mois de la 2000e année et non pas qu’il se soit écoulé 1 jour 1 mois et 2000 ans depuis l’origine du calendrier.

.            Pour avoir une durée écoulée, il faut faire la différence entre deux dates, c’est ce que l’on fait lorsque l’on calcule son âge.

.            La confusion classique entre la date et le temps écoulé, provient du fait que ces deux entités utilisent une structure de forme très voisine. Lorsque l’on indique son âge on utilise une structure formée d’une succession de trois quantités, nombre de jours écoulés, nombre de mois écoulés et nombre d’années écoulées depuis sa naissance qui ressemble fortement à une date mais qui n’en est pas une. D’ailleurs la norme ISO 8601 (§ 5.5.3.2) recommande d’utiliser la notation suivante : P1998Y11M5D pour désigner par exemple une période de 1998 ans 11 mois et 5 jours (Year, Month, Day). Cette notation évite donc toute confusion entre date du calendrier et durée.

La normalisation porte également sur le début et la numérotation des semaines. La semaine commence le lundi (jour numéroté 1). La première semaine de l’année, numérotée 1, est celle qui contient le premier jeudi de janvier. Les semaines sont numérotées de 1 à 52. On compte cependant une semaine numérotée 53 lorsque l’année considérée se termine un jeudi, ou bien un jeudi ou un vendredi si elle est bissextile.

Notation des années antérieures à l’ère chrétienne

.            Ils existent deux systèmes de notations pour les années antérieures à l’ère chrétienne.

La notation des historiens

.            Les historiens eurent envie de dater à l’aide du même calendrier les événements antérieurs et postérieurs à naissance du Christ. Ils prolongèrent donc le calendrier julien vers le passé en utilisant la notation « avant Jésus Christ ». L’an 753 AUC devint donc l’an 1 av. J.C, l’an 752 AUC l’an 2 av.J.C. et ainsi de suite. Cette notation présente deux inconvénients : les années bissextiles sont les années 1 av. J.C, 5 av.J.C., 9 av.J.C. et la règle de divisibilité par quatre n’est donc plus valable pour ces années ; de plus si l’on veut calculer le nombre d’années écoulées entre une date antérieure à la naissance du Christ et une date postérieure, on est tenté d’effectuer l’addition de ces deux dates et l’on commet ainsi une erreur.

Bien que cette notation porte le nom de notation des historiens, il semble qu’elle ait été introduite par un astronome, en effet c’est l’astronome français Denis Petau qui l’utilisa (peut-être en premier) dans ces cours au collège de Clermont en 1627.

La notation des astronomes

.            Pour pallier les deux inconvénients de la notation des historiens, un autre astronome, Jacques Cassini, va introduire une nouvelle notation, elle sera utilisée pour la première fois dans les tables astronomiques de 1740. Cette notation consiste à introduire une numérotation des années antérieures à l’ère chrétienne avec des nombres relatifs négatifs. L’an 753, donc l’année 1 av.J.C. est numérotée zéro, l’année 2 av.J.C. est numérotée –1, l’année 3 av.J.C., –2 et ainsi de suite. Avec cette notation, la règle de divisibilité par quatre des années bissextiles reste valable, les années bissextiles sont les années 0, –4, –8… Si l’on veut calculer le nombre d’années écoulées entre deux dates situées de part et d’autre du début de l’ère chrétienne, on peut effectuer une différence algébrique de ces deux dates. Par exemple entre l’an 3 après J.C et l’an –5, il s’est écoulé «3 – (–5) = 3+5 =8 ans.

On remarquera que cette notation qui introduit une année zéro ne modifie pas l’origine de l’ère chrétienne (c’est l’an 1 avant J.C. qui est numéroté zéro) et ne change donc pas le début du XXIe siècle chrétien (01/01/2001) calculé à partir du 1er janvier de l’an 1 (754AUC), origine de l’ère.

Malgré ses inconvénients la notation des historiens est majoritairement utilisée. Par contre on trouve assez souvent une utilisation mixte des deux notations, ce qui est une erreur, on doit écrire l’an 15 av.J.C. ou bien l’an -14, mais l’expression -15 av.J.C. n’a aucun sens.

A l’avenir ?

.            De nos jours, le calendrier grégorien a perdu pratiquement toute connotation religieuse et bien qu’il ne soit pas parfait, il présente l’énorme avantage d’avoir été adopté par la totalité des états de la planète. De plus la généralisation de son utilisation dans les programmes informatiques et les coûts énormes qu’entraînerait toute modification, laisse à penser que son usage va perdurer.

Le calendrier égyptien

.            Les Égyptiens, depuis la plus haute antiquité, et les Babyloniens, 746 ans avant l'ère vulgaire ou l’ère commune, firent leur année en 360 jours, distribués en 12 mois égaux de 30 jours et 5 épagonèmes.

Placés en fin d'année, les cinq jours épagonèmes permettaient de faire correspondre leur calendrier avec le cycle astronomique qu'il est sensé représenter, c'est-à-dire l'année tropique. Ce calendrier était cependant loin d'être parfait ; il restait « vague », car l'année s'y trouvait plus courte d'un quart de jour, ce que les Égyptiens n'ignoraient pas. Cependant, malgré son incommodité, il fut conservé sous la pression des traditions pendant plusieurs millénaires. Le besoin d'intercaler un jour tous les quatre ans se fit néanmoins sentir en 238 avant notre ère, sous Ptolémée III Évergète (246 à 222), motivant un décret qui précisait : « Pour que les saisons se succèdent d'après une règle absolue et conformément à l'ordre du monde, un jour supplémentaire sera intercalé tous les quatre ans entre les cinq jours épagomènes et le nouvel an. ».

Le calendrier maçonnique

.            C’est la manière particulière utilisée par les francs-maçons pour numéroter les années et désigner les mois. L'an 1 du calendrier maçonnique marque le début de l' « Ère de la Vraie Lumière (VL) », Anno Lucis, en latin..

Avant Anno Lucis apparaissent à partir du XVIIIe siècle sur des documents anglais les termes Anno Masonry, puis Anno Latomorum, Anno Lithotomorum ou Anno Laotomiae (Ère des Tailleurs de pierre). La datation de l’ « Année de la Vraie Lumière » se baserait sur les calculs de James Ussher, prélat anglican né en 1580 à Dublin. Il avait élaboré une chronologie débutant avec la création du monde selon la Genèse, qu’il estimait à 4004 av. J.-C., se basant sur le texte massorétique (texte biblique hébreu transmis par la Massorah –tradition-) plutôt que sur la Septante (traduction de la Bible hébraïque en grec).

Le pasteur Anderson l’a préconisée dans ses Constitutions de 1723, considérées comme l'un des textes fondateurs de la franc-maçonnerie, pour affirmer symboliquement l'universalité de la maçonnerie en adoptant une chronologie supposée indépendante des particularismes religieux, à tout le moins dans le contexte britannique de l'époque. La date finalement choisie pour le début de l’Ère maçonnique est 4000 av. J.-C. L’année maçonnique a la même longueur que l’année grégorienne, mais débute le 1er mars, comme le calendrier romain républicain, malgré l’usage du calendrier julien en Angleterre à l'époque de la rédaction des Constitutions d'Anderson. Elle prend le millésime de l’année grégorienne en cours, augmenté de 4 000 ; les mois ne sont désignés que par leur numéro ordinal.

Exemples : le 28 février 2020 a été : le 28e jour du 12e mois de l’an 6019 de la « Vraie lumière » ; le 1er mars 2020 a été : le 1er jour du 1er mois de l’an 6020 de la « Vraie lumière ».

L’année maçonnique comporte deux fêtes : la Saint-Jean d’Été (Jean le Baptiste, fêté le 24 juin) et la Saint-Jean d’Hiver (Jean l'Évangéliste, fêté le 27 décembre), coïncidant symboliquement avec les solstices.

Le calendrier républicain

.            Selon la légende, Charles-Gilbert Romme, au Comité de l'instruction publique, aurait conçu la première ébauche scientifique du calendrier républicain. Il élabora parallèlement un annuaire destiné à faire connaître aux habitants des campagnes la nouvelle division du temps. Romme voulait tordre le cou au calendrier grégorien. L'abbé Grégoire écrira dans ses mémoires : « J'ai mentionné ailleurs la création du calendrier nouveau, inventé par Romme pour détruire le dimanche : c'était son but, il me l'a avoué. Le dimanche, lui dis-je, existait avant toi, il existera encore après toi ».

Le calendrier révolutionnaire français a donc été créé sous la Convention, pendant la Révolution française. Il sera utilisé de 1792 à 1805, ainsi que brièvement durant la Commune de Paris (18 mars 1871 - 28 mai 1871). Il débuta le 1er vendémiaire an I (22 septembre 1792), lendemain de la proclamation de l'abolition de la monarchie et de la naissance de la République, déclaré premier jour de l'« ère des Français ». Il entra en vigueur le 15 vendémiaire an II (6 octobre 1793) et fut appliqué jusqu’au 10 Nivôse an XIV (31 décembre 1805), soit pendant un peu plus de 12 ans.

Il s’agissait de ne plus être lié à la monarchie ni au christianisme, en utilisant de nouveaux noms pour les mois et les jours, et un nouveau découpage de l'année, à l’image du calendrier égyptien, en douze mois de 30 jours chacun (soit 360 jours), plus 5 jours complémentaires les années communes ou 6 les années sextiles, ajoutés en fin d'année. Ce calendrier républicain permettait en particulier de supprimer les nombreuses fêtes chômées de l'Ancien Régime, et de remplacer le jour de repos dominical par un jour de repos, pour les fonctionnaires publics, le dernier jour de chaque décade. La règle adoptée fixait le commencement de l'année le jour où tombe l'équinoxe vrai d'automne pour l'Observatoire de Paris (22 septembre).

Les noms des jours, numérotés de 1 à 10, deviennent : primidi, duodi, tridi, quartidi, quintidi, sectidi, septidi, octidi, nonidi et décadi (di, jour en latin).

Les 5 jours complémentaires des Ans I (1793) à VII (1799) correspondent aux 17-21 Septembre. Les 6 jours complémentaires des Ans VIII (1800) à XIV (1806) correspondent au 17-21-21(1) Septembre.

Calendrier et éphémérides chinois

.            En Asie, l’astronomie est sans conteste une science millénaire. En Chine, on retrouve ainsi des allusions au travail astronomique effectué durant la première dynastie : il y a plus de 4.000 ans, on utilisait les astres pour établir le calendrier et on observait les éclipses ! Ensuite, la stabilité de l’Empire chinois permettant à la science de prospérer en paix, les observations célestes deviennent de plus en plus systématiques, donnant naissance aux plus grandes archives astronomiques au monde.

.            La reconnaissance des rythmes de l’Univers est tout entière contenue dans l’élaboration du calendrier. L’année chinoise de base comportait 12 mois de 29 ou 30 jours, mais dans un cycle de 19 ans, on intercalait 7 années de 13 mois pour atteindre, sur la période, un total de 235 mois lunaires, nécessaires pour maintenir les saisons en phase avec l’année calendaire (le fameux cycle conçu vers 432 av. J.-C. par l'astronome athénien Méton). Commun multiple approximatif des périodes orbitales de la Terre et de la Lune, 19 années tropiques et 235 mois synodiques ne diffèrent que de 2 heures ; donc après 19 ans, les mêmes dates de l'année correspondent, à peu près, avec les mêmes phases de la Lune.

.            Toutefois, la notion même de calendrier dépassait l’acception actuelle de ce mot car les calendriers chinois comportaient également des éphémérides. L’ordre terrestre se devant d’être conforme à l’organisation des astres, l’agenda local précisait les événements attendus liés à la Lune, au Soleil et aux planètes : les rythmes célestes fixaient ainsi les moments propices aux cérémonies politiques, sociales, ou religieuses.

Ce calendrier se devait d’être bien plus précis que ne le requéraient les besoins agricoles ou économiques. Dans la mentalité locale, la précision était signe de puissance et du bon fonctionnement de l’état. Gare au phénomène qui ne se produisait pas à l’heure prévue : entre l’empereur peu vertueux (donc responsable du désordre céleste) et l’astronome incompétent (qui avait produit le calcul erroné), l’un des deux risquait sa tête !

.            Les prédictions ne reposaient pas sur la géométrie, comme en Grèce ; les méthodes étaient ici purement arithmétiques. À l’instar de la Mésopotamie, on supposait certaines valeurs constantes pendant un intervalle ou variant linéairement (le « zigzag » mésopotamien). Par exemple, la durée du jour fut au départ calculée via une interpolation linéaire entre les deux valeurs extrêmes des solstices, puis on passa de 2 à 24 segments, pour un résultat plus précis.

La situation est similaire pour les planètes comme Mars : le calendrier de la triple concordance (promulgué en 7 av. J.-C.) utilise d’abord 6 zones où la vitesse de la planète est supposée constante (progression, point stationnaire, rétrogradation, deuxième point stationnaire, deuxième progression, invisibilité) ; en 600, le calendrier du Pôle souverain définit 10 zones, avec une vitesse qui varie linéairement dans chaque intervalle.

En comparant observations et prédictions, les astronomes chinois découvrent les inégalités de la Lune à la fin de la dynastie Han (Ier-IIe précession au IVe siècle), les inégalités solaires et planétaires au VIe (ce serait l’œuvre de Zang Zixin), et le Saros au XIe siècle. Ils vont aussi développer les outils mathématiques, avec notamment la mise en place des interpolations du second ordre par Liu Zhuo vers 600 et Yi Xing en 727 (en version plus complexe), une méthode qui sera imaginée en Europe (quoique de manière plus générale) par Gregory et Newton au XVIIe siècle.

.            Ces différents travaux permirent d’améliorer le calendrier, petit à petit. Les modèles chinois du XIe siècle semblent ainsi aussi précis que leurs confrères européens du XVIe siècle. Toutefois, introduire un changement de modèle (donc un réajustement calendaire) ne se faisait pas n’importe quand, car c’est l’empereur lui-même qui était responsable du calendrier. Il fallait souvent attendre un changement de règne voire de dynastie pour changer le système.

D'autres calendriers

.            Le calendrier grégorien, pour sa composante solaire, a été adopté par tous les pays pour des raisons pratiques. L’exploration des océans dès les XV° et XVI° siècles a motivé la création d’un système universel, et aujourd’hui la mondialisation ne pourrait se passer d’un calendrier universel. Cela n'empêche pas certains peuples de conserver leur calendrier traditionnel : c'est le cas des Juifs avec leur calendrier lunaire, des Orthodoxes avec le calendrier julien, des Chinois ou encore des musulmans avec là aussi un calendrier lunaire. Pourtant, il y a eu des tentatives de caler le calendrier musulman avec les saisons, mais Mahomet décida qu'il serait purement lunaire ; c'est pour cela que le mois du Ramadan se décale d'environ 11 jours chaque année.

La fixation du Nouvel An est, dans tous les calendriers, tout à fait arbitraire, car le cycle de l'année n'a pas de début : est-ce le printemps, l'été, l'automne ou l'hiver ? Après la Révolution française, les Républicains l'avaient situé le jour de l'équinoxe d’automne (lorsque la durée du jour égale celle de la nuit). En Chine, le calendrier étant luni-solaire, la date du Nouvel An, lue dans le calendrier grégorien, varie d'une année sur l'autre, mais tombe toujours entre le 21 janvier et le 19 février, lors de la deuxième nouvelle lune depuis le solstice d'hiver quand le soleil se trouve dans le signe du Verseau ! Et on ajoute un 13e mois quand il le faut pour rattraper le Soleil, ce qui explique cette mobilité du nouvel an.

Pourquoi y a-t-il sept jours dans une semaine ?

.            Pourquoi les mois ne se composent-ils pas de trois semaines de dix jours, par exemple ? Ou de six semaines de cinq jours ? Voici l'histoire de notre semaine de sept jours, de ses origines à sa fonction sociologique.

Si l'année est calquée sur le rythme des saisons et nos journées sur celui du Soleil, qu'est-ce qui rythme nos semaines ? Depuis quand et pourquoi partageons-nous les mois en quatre semaines de sept jours ?

Le septennaire chrétien

.            D’un point de vue culturel, en regardant notre calendrier on remarque vite l’influence de la religion chrétienne : Saint-Sylvestre, Saint-Antoine, Sainte Philomène, etc.

Depuis les débuts du christianisme, l’Église est la maîtresse du temps. Par son clocher, c’est elle qui scande les heures, rythme la semaine des travailleurs, invite à la prière et appelle au repos dominical. Longtemps elle a été la détentrice du calendrier.

Il est vrai que dans la culture médiévale à partir du haut Moyen Âge, ils sont toujours présents dans tous les livres religieux. Sacramentaires, bréviaires, psautiers… tous ces livres-là sont précédés d’un calendrier parce que le temps appartient à Dieu.

D’ailleurs, d’après le livre de la genèse "Dieu créa la Terre en six jours et le septième il se reposa". De là, découle l’importance de la semaine de sept jours, mais il ne s’agit pas que de la semaine ...

Le chiffre 7 revêt une dimension symbolique forte. On le retrouve dans plusieurs principes religieux :

7 jours de la création (base de calcul dans la Bible : le 7ème est le Sabbat) ; 7 péchés capitaux ; 7 dons du Saint-Esprit ; 7 sacrements ; 7 dons du Saint-Esprit ; 7 vertus ; 7 péchés capitaux ; 7 pains multipliés ; il faut pardonner 7 fois et jusqu'à 70 fois 7 fois ; le jubilé 7*7 ; ...

Mais la symbolique du 7 n’appartient pas qu’à la chrétienté, elle est présente dans d’autres religions comme le judaïsme, l’Islam ou l’hindouisme et les plus anciens exemples remontent aux toutes premières traces de l’écriture, à l’époque babylonienne.

Aux origines babyloniennes

.            Il est très difficile de déterminer quand on a commencé à déterminer un laps de temps qui durait effectivement sept jours. Dans le Proche Orient ancien d’après les textes cunéiformes qui ont été retrouvés en Mésopotamie, c’est-à-dire en Irak, en Syrie, le nombre sept était un nombre symbolique fort. Une des premières attestations d’une référence à sept jours se trouve dans la fameuse épopée de Gilgamesh, un personnage héroïque de la Mésopotamie qui aurait régné sur Uruk vers 2650 avant J.-C.

C’est la plus ancienne des histoires de l’humanité que nous connaissons, écrite au IIe millénaire avant notre ère sur des tablettes d’argile, elle est peut-être à l’origine de la symbolique du chiffre 7.

Gilgamesh, roi tyran qui régnait sur la ville d’Uruk, veut devenir immortel. Il entreprend alors un grand voyage pour rencontrer Uta-napishti. À peine arrivé, celui-ci le met au défi de ne pas se reposer mais épuisé par son voyage Gilgamesh s’endort. Tous les jours la femme d’Uta-napishti lui apporte une miche de pain.  Au septième jour Gilgamesh se réveille et affirme ne pas avoir dormi mais les sept miches de pain, de la plus rassie à la plus fraîche, lui prouvent le contraire.

Mais est-ce que cette légende permet de dire que la semaine de 7 jours existait déjà à l’époque babylonienne ? Il faut fouiller le plus vieux calendrier connu à ce jour. Ce sont des textes qui datent du XIXe siècle avant Jésus-Christ donc il y a 4.000 ans. Ces textes appartiennent à des archives privées de marchands assyriens. Dans ces textes les prêts sont calés sur un mois (qui, à l’époque commençait avec la nouvelle lune), éventuellement une année et par quelque chose qu’on appelle la "hamuštum". Cette « semaine » (on traduit par semaine), est plus petite que le mois, plus petite que les 15 jours.

En essayant de comptabiliser le nombre de « semaines » sur plusieurs mois, les archéologues ne tombaient pas toujours sur le même chiffre. Selon certains modes de calcul les hamuštum étaient constituées de cinq jours, ce qui semble logique vu l’origine sémitique de hamuš = cinq. Mais d’autres calculs mettaient en avant des hamuštum de six, sept ou huit jours. Jusqu’à ce qu’une découverte mette tout le monde d’accord.

Notre plus vieux calendrier connu

.            Ces semaines, les hamuštum, portaient le nom des marchands et on a découvert une tablette cunéiforme qui liste ces paires de marchands (acheteur-vendeur) qui donnent leurs noms durant tout un cycle de 52 hamuštum. Or 52 hamuštum sont cohérentes avec des semaines de 7 jours sur une année. Donc pour ces marchands assyriens à cette époque-là on a effectivement une division du temps qui utilise la semaine de 7 jours. Ces marchands faisaient beaucoup de prêts à intérêts, et donc il fallait dater les prêts dans les textes pour calculer le montant des intérêts.

Sur des tablettes d’argile on retrouve aussi des références aux cycles lunaires, à la visibilité du croissant de Lune. L’observation du ciel même si elle se faisait à l’œil nu avait une importance capitale pour nos ancêtres, ils pouvaient interroger les astres pour partir à la guerre ou les utiliser pour se repérer dans le temps.

Cette preuve de l’existence ancienne de notre semaine de sept jours ne signifie pas pour autant que ce rythme était partagé par tous, d’autres calendriers ont existé en même temps, dans d’autres parties du monde mais ces marchands assyriens, grands voyageurs, nous ont transmis leur calendrier. En arrivant en Anatolie, où il n’y avait pas encore d’écriture, ces marchands ont emporté avec eux la semaine de sept jours.

Ils ont diffusé leur culture, quelques mots que l’on retrouve en hébreu et leur calendrier qui s’est transmis de peuple en peuple, d’époque en époque de région en région. Une fois ce rythme originaire de l’astronomie babylonienne transmis aux Grecs, puis aux Romains et aux Arabes il a tout naturellement été adopté par la civilisation chrétienne médiévale.

Aujourd’hui, s’il paraît impossible d’envisager un autre cycle, c’est que d’un point de vue sociologique la semaine est devenue primordiale. C’est elle qui nous permet de nous organiser collectivement et socialement.

Le calendrier cosmique

.            A l’heure où certains veulent nous faire revenir à un obscurantisme moyen-âgeux, j’ai trouvé intéressant de reprendre, sur un mode ludique, l’idée de Carl Sagan (astronome mondialement connu) dans son livre The dragons of Eden, où il ramène à un an, toute l’histoire de l’Univers.

Ce petit exercice, à la portée de quiconque sait résoudre une règle de trois, permet de replacer l’histoire de l’espèce humaine à sa véritable place et non au centre de la conscience de l’Univers, comme on nous l’a affirmé pendant des millénaires Il suffit donc de condenser l’âge de l’Univers (13.7 milliards d’années) sur une année :

Un an = 13,696 milliards d’années

Un jour = 37,497.6 millions d’années

Une heure = 1.562,4 mille années

Une minute = 26.040 ans

Une seconde = 434 ans

En route pour notre calendrier :

1er janvier : 0 h 0 mn 0 s - Au commencement était la lumière.

.            En fait, pas exactement, car on ne peut rien savoir en amont du mur de Planck, situé après le Big Bang, et théorisé en 1900 par le physicien allemand Max Planck, dont la durée de l'ère (le temps de Planck) estimée est de l'ordre de 10-43 seconde (0, suivi de 42 zéros puis d’un 1)

De 10 -43 s à 10 -38 s - Ere de l’inflation.

.            De l’énergie pure se transforme en matière : la taille de l’Univers augmente de façon exponentielle dans des proportions inimaginables. L’univers ressemble à une bouillie de particules où matière et anti-matière s’annihilent en émettant de l’énergie.

De 10 -38 s à 10 -5 s - Ere des particules.

.            La force nucléaire oblige les quarks à se rassembler par trois pour former des protons et des neutrons. C’est aussi le temps où la matière prend le pas sur l’anti-matière.

1er janvier : 0 h 3 mn

.            En se dilatant, l’Univers se refroidit ; de plusieurs milliards de milliards de degrés, la température baisse à un milliard de degrés, permettant aux protons et aux neutrons de se constituer. C’est la nucléosynthèse. Les premiers noyaux d’atomes un peu plus complexes apparaissent. Dans les minutes qui suivent, la nucléosynthèse s’arrête faute de chaleur suffisante ; les conditions de fusion thermonucléaires disparaissent.

1er janvier : 0 h 15 mn.

.            Formation des atomes, les photons se libèrent de la matière pour produire le rayonnement fossile. Cette fois, c’est bon : et la lumière fût.

2 ou 3 janvier.

.            Formation des premières étoiles ; ce sont les graines qui vont ensemencer le cosmos.

13 janvier.

.            Apparition des premières galaxies.

11 mai.

           Naissance de la Voie lactée (notre galaxie).

1er septembre.

.            Naissance du système solaire, comprenant le soleil et ses planètes. La datation faite sur la roche terrestre la plus ancienne donne l’équivalent du 16 septembre.

21 septembre.

.            Apparition des premiers êtres monocellulaires, les ancêtres des archées et des bactéries. Ils inventent la photosynthèse et oxygènent la planète durant le mois d’octobre.

Début novembre.

           Entrée en scène des premiers organismes pluricellulaires.

Deuxième quinzaine de décembre.

            Elle va marquer le début de ce que l’on appelle : l’explosion cambrienne. Ci-après : le carnet rose de Messieurs et Mesdemoiselles :

14 décembre - Les éponges

17 décembre - Les arthropodes (trilobites)

18 décembre - Les poissons

20 décembre - Les plantes terrestres

21 décembre - Les Insectes

22 décembre - Les amphibiens

23 décembre - Les reptiles

25 décembre - Les dinosaures

26 décembre - Apparition des premiers petits mammifères

27 décembre - Les oiseaux prennent leur envol

28 décembre - Les fleurs parfument la campagne

30 décembre - Un gros astéroïde percute la planète et éradique les dinosaures.

31 décembre, 14 h – Apparition de l’ancêtre commun aux hommes et aux singes

31 décembre, entre 20 h et 21 h - La lignée humaine se sépare de celle des gorilles, des chimpanzés et des bonobos

31 décembre, 23 h - Homo erectus se promène dans la campagne avec son gourdin.

31 décembre, 23 h 52 mn - Homo sapiens a reçu son carton d’invitation

31 décembre, 23 h 59 mn 20 s - Nos artistes modernes ornent les grottes de Lascaux de peintures rupestres.

31 décembre, 23 h 59 mn 25 s - Invention de l’agriculture

31 décembre, 23 h 59 mn 47 s - Mr Homo sapiens commence à fondre les métaux

31 décembre, 23 h 59 mn 49 s - Bouigos III construit la pyramide de Gizeh

31 décembre, 23 h 59 mn 50 s - Sargon fonde l’empire akkadien en Mésopotamie

31 décembre, 23 h 59 mn 51 s - Fondation du nouvel empire d’Egypte

31 décembre, 23 h 59 mn 52 s - Naissance du judaïsme

31 décembre, 23 h 59 mn 53 s - Fondation d’Athènes et de Rome

31 décembre 23 h 59 mn 54 s - Alexandre Le Grand conquiert ce qu’il considère comme le monde

31 décembre, 23 h 59 mn 55 s - Le christianisme apparaît et l’empire romain est à son apogée.

31 décembre, 23 h 59 mn 56 s -  Chute de l’empire romain, Mahomet naît et meurt

31 décembre, 23 h 59 mn 57 s - Charlemagne est sacré empereur ; les croisades commencent

31 décembre, 23 h 59 mn 58 s - La guerre de Cent ans fait rage, Colomb découvre (soit-disant) l’Amérique

Du 31 décembre, 23 h 59 mn 59 s à 24 h -

.            Les peuples se révoltent contre leurs rois, ils s’entretuent dans deux guerres mondiales. Ils vont sur la Lune. Des génies montrent enfin ce qu’est la réalité du monde, mais sont peu écoutés. Les peuples se ré-entretuent pour le pétrole, le gaz, les déjections plastiques. L’obscurantisme regagne du terrain. La vie devient virtuelle ... jusqu’à ce qu’elle le soit pour de bon.

30 janvier 2021, 23 h 56 mn 53 s - Fin du Monde. Mince...raté !

.            Il est intéressant de noter que Carl Sagan a mis au point le même genre d’exercice pour les écoles primaires américaines. L’âge de l’univers étant symbolisé par la longueur d’un couloir de 14 mètre, (1mètre de couloir = 1 milliard d’années), sur lequel les enfants, ayant installé un grand ruban de papier, inscrivaient les dates des différents évènements. En plus d’un intéressant exercice métrique, les enfants pouvaient appréhender le fait révélateur, selon lequel pour parler des évènements comme la naissance de Jésus, il fallait se munir d’un microscope. (Dans cette configuration, 2000 ans = 2 microns).

.            Cet exercice a été supprimé du programme des écoles qui l’avaient adopté, suite à la plainte de parents créationnistes qui voulaient poursuivre les écoles en justice, pour divulgation de théories sataniques !

Février 2021 : mois « parfait », palindrome ...

.            Février 2021 est une succession de quatre semaines complètes : le Petit Poucet du calendrier grégorien débute par un lundi et se termine avec un dimanche. Ce mois "parfait" ne peut intervenir qu'au mois de février, seul mois dont le nombre de jours est un multiple de 7. Une curiosité qui vient de loin et revient tous les 6 ou 11 ans.

Mois parfait

.            Si cette curiosité n’est pas rare [au cours des 100 dernières années, cela s'est produit 10 fois : en 1926, 1937 (+11), 1943 (+6), 1954 (+11), 1965 (+11), 1971 (+6), 1982+(11), 1993+11), 1999 (+6) et en 2010(+11)], il est intéressant d’observer qu’elle répond à une séquence digne d’un schéma tactique : 6-11-11. Ainsi, le mois de février « parfait » reviendra dans six ans (2027), puis onze ans plus tard (2038) et onze années encore plus tard (2049). Ces écarts se répéteront ensuite jusqu’à la fin du siècle car viendront ensuite 2055, 2066, 2077, 2083 et 2094.

Enfin, presque jusqu’à la fin du siècle. Car la belle mécanique du 6-11-11 sera cassée et sera 6-6-11, en 2100, cette année que le calendrier grégorien a exclue des bissextiles pour mieux coller à la durée de la révolution terrestre (365 jours, 5 heures, 48 minutes et 46 secondes). Quelques mois avant de fêter le passage au XXIIe siècle, février 2100 (+6) sera donc lui aussi un mois « magique », comme février 2094, six ans auparavant, et février 2106, six ans après. Ensuite, on repartira sur deux fois onze ans.

Cette harmonie est rare dans le calendrier grégorien aux mois d'une durée inégale, que la France respecte depuis 1582. Autre détail amusant : les mois de février qui démarrent un lundi, comme en 2021, mais s’achèvent un lundi du fait de leurs 29 jours, sont le plus souvent espacés de 28 ans !

Mois mal-aimé des Romains

.            Les 28 jours habituels de février n’en font pas le mois le mieux fourni, mais il est le seul à pouvoir englober intégralement des semaines. L’histoire veut qu’on le dépouilla, après la mise en place du calendrier julien en 45 avant J.-C., afin de doter équitablement juillet et août, ainsi baptisés en hommage à Jules César et Auguste. En réalité, février est le mal-aimé dès son apparition, entre le VIIIe et le VIIe siècles avant notre ère. A l’époque, l’année commence en mars et ne compte que dix mois. Deux petits nouveaux sont ajoutés, dont ce Februarius, mois dédié à la purification, bientôt relégué à la fin de l’année, et qui se stabilisera à 28 jours.

Pour les Romains, l’impair plaisait aux dieux. Ainsi tout ce qui était impair était favorable et ce qui était pair était défavorable. Le mois de février, mois des fièvres, des impuretés, c’était le mois fatal dans le calendrier romain de l’époque, le seul avec un nombre pair de jours. C’était avant que Jules César ne complique les choses avec ses années bissextiles …

Mais pour faire tenir quatre semaines dans février, encore faut-il que la semaine compte sept jours ! Pour une fois, on ne le rendra pas à César mais à son fils adoptif Auguste, sous le règne duquel on se débarrassa du huitième larron, à défaut de l’expression qui va avec : « A dans huit jours ! »

Mois palindrome

.            Mais ce mois de février 2021 recèle une autre rare curiosité. Il contient également une date palindrome, le 12 février, qui peut donc se lire dans les deux sens (12/02/2021) : 1202.2021.

Le phénomène est rare à l'échelle des siècles, puisqu'entre le 29 novembre 1192 et le 10 février 2001, il aura fallu attendre 809 ans pour le voir réapparaître. Mais ce début de millénaire est depuis bien généreux pour les amoureux des dates symétriques, avec 29 occurrences entre 2000 et 2100, et 31 entre 2100 et 2200. La prochaine aura d'ailleurs lieu dès 2022, le 22 février (22/02/2022).