6.7 – Les routes de l’Empire romain et … ce qu’il en reste

D’après : National Geographic - 31 jul 2022 / Human Progress - Chelsea Follet 09 aoû 2022

De l’Angleterre à l’Égypte, les empereurs romains ont construit des routes et élevé des murs pour conquérir des territoires, puis les protéger des envahisseurs. Les vestiges de leurs constructions subsistent de part et d’autre de l’Europe.

Hadrien passa plus de la moitié de ses vingt et un ans de règne sur les routes, surveillant la construction des cités nouvelles et des fortifications frontalières. On le voit ici, à cheval, bras tendu, au cours de l’inspection du fort de Saalburg, en Allemagne, vers 121.- Jaime Jones.

Les routes de l’Empire

.           Conformément au mythe de sa fondation par Romulus, un fils du dieu de la guerre Mars, Rome a été en proie à des conflits pendant une grande partie de son histoire. Elle était la capitale d’un État qui cherchait souvent à étendre son territoire. À son apogée, l’Empire romain couvrait une superficie de près de 2 millions de kilomètres carrés. Il comprenait l’Espagne, le Portugal, la France, la Belgique, certaines parties de l’Allemagne, de l’Angleterre, du Pays de Galles, une grande partie de l’Europe centrale et du Sud-Est, la Turquie, certaines parties de la Syrie, ainsi qu’un long territoire le long de la côte de l’Afrique du Nord, dont une partie importante de l’Égypte.

.           Pour soutenir leur expansionnisme, les Romains ont fini par former une grande armée professionnelle d’élite. Motivés en partie par la nécessité de déplacer leurs soldats sur de vastes distances, les Romains ont créé leur vaste réseau routier, dont les vestiges sont encore visibles dans une grande partie de l’Europe et dans certaines régions d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient. Il faudra attendre le réseau routier de l’Empire inca, un millier d’années plus tard, pour voir apparaître un système routier d’une complexité comparable.

.           Dès 4000 avant J.-C., la civilisation plus ancienne de la vallée de l’Indus avait créé des routes pavées et droites se croisant à angle droit. Et ben que les Romains n’aient pas inventé les routes –une innovation de l’âge du bronze– ils en ont considérablement amélioré le concept et le potentiel

.           Les viae Romanae (voies romaines) par leur ampleur et l’introduction de plusieurs innovations importantes allaient modifier à jamais la façon dont les gens se déplacent. Construites en partie pour faciliter le transport des soldats et l’acheminement des fournitures militaires, les routes ont grandement facilité la libre circulation des civils et des marchandises. Les Romains ont été les premiers à utiliser de nouveaux concepts tels que les bornes kilométriques, l’arpentage avancé et diverses merveilles d’ingénierie, comme les viaducs, afin de créer les routes les plus courtes et les plus droites possibles.

.           Aujourd’hui, nous considérons les systèmes routiers avancés comme acquis, mais les routes fiables étaient autrefois une rareté, et bien sûr, de nombreux voyages avaient lieu sans aucune route. En rendant les voyages plus rapides et plus faciles, les routes romaines ont considérablement amélioré l’efficacité du transport des marchandises, des personnes et des messages. Le système routier romain a augmenté le taux d’échange culturel et encouragé les connexions qui ont contribué à unifier l’Empire romain –un creuset de cultures, de croyances et d’institutions différentes-.

Alors que la plupart des routes de l’époque étaient sinueuses et irrégulières et construites en fonction des obstacles naturels, les Romains étaient fiers de créer des routes droites. Les ingénieurs romains trouvaient le moyen de tracer droit en construisant des ponts, des tunnels ou des viaducs. Ils asséchaient également les marais, traversaient les forêts, voire détournaient le cours des ruisseaux lorsque cela s’avérait nécessaire.

Avant de construire une route, on procédait à un arpentage approfondi afin de trouver la route la plus courte et la plus droite possible entre deux points et de déterminer quelles prouesses d’ingénierie seraient nécessaires pour surmonter les obstacles sur le chemin. Un arpenteur s’assurait que le terrain était de niveau et que le chemin proposé était tracé à l’aide de piquets de bois. Il se servait d’un outil, appelé groma (une croix en bois munie de poids), pour s’assurer que les lignes étaient droites. Une fois le chemin décidé, les Romains créaient des bancs de terre appelés aggers sur lesquels ils posaient le matériau de la route et creusaient un fossé de chaque côté pour le drainage. Les routes étaient en effet souvent bombées pour permettre à l’eau de pluie de s’écouler dans ces fossés ou des caniveaux parallèles.

Les routes étaient en général construites en plusieurs couches, avec des pavés de pierre recouvrant de la pierre concassée étendue sur une couche de base de sable compacté ou de terre sèche, ou du gravier dans du ciment. Ces couches conféraient aux routes romaines leur longévité. Alors que d’autres routes s’usaient rapidement pour devenir des pistes boueuses et enfoncées, les routes romaines duraient des siècles, voire des millénaires.

Les routes principales du réseau routier romain étaient généralement bordées de pistes cavalières ou de sentiers pour chevaux et de chemins pour piétons afin de séparer les différents types de trafic. Les Romains ont également institué un système de jalons réguliers et normalisé la largeur des routes. En outre, ils ont expérimenté des routes rainurées pour faciliter le transport des chars et des chariots à roues.

.           Vers 244 avant J.-C., la route a été prolongée pour s’étendre au-delà de Capoue jusqu’à Brindisi, une ville portuaire sur la mer Adriatique, située dans la région des Pouilles au sud-est de l’Italie. Les poètes Horace et Statius ont chanté les louanges de la Via Appia (voie Appienne) en la qualifiant de longarum regina viarum, ou « reine des routes à longue distance ». En tant que meilleure route vers les ports maritimes du sud-est de l’Italie, et donc porte d’entrée importante vers la Grèce et la Méditerranée orientale, la voie Appienne revêtait une importance stratégique considérable. Si la voie Appienne a d’abord été construite pour accélérer l’acheminement des fournitures militaires pendant les guerres samnites, elle s’est révélée être la première d’une série « d’autoroutes » dont l’importance allait bien au-delà des usages militaires.

.           Le règne d’Auguste (-27-14) marquera le début d’une ère de paix relative connue sous le nom de Pax Romana, au cours de laquelle Rome évite de s’engager dans une guerre majeure pendant près de deux siècles, même si elle poursuit des guerres d’expansion à petite échelle. Bénéficiant de cette paix relative et d’un réseau commercial exceptionnel grâce aux routes de l’Empire romain, la ville de Rome s’est développée et a prospéré. Elle comptait environ un million d’habitants à l’époque ou s’en rapprochera rapidement. Cela constituait une population urbaine qui n’a plus été égalée dans aucune ville européenne jusqu’au XIXe siècle. Il s’agissait d’une métropole d’une ampleur inégalée.

À l’apogée de la puissance et de l’influence de Rome, les provinces de l’Empire étaient reliées entre elles par 372 grandes routes, et pas moins de 29 grandes routes partaient de la ville de Rome elle-même. D’où l’expression populaire « Tous les chemins mènent à Rome ».

.           Le Milliarium Aureum ou Pierre d’Or était un monument important, mesurant probablement environ 12 pieds de haut et construit en marbre qui était peut-être recouvert de bronze doré. Elle se dressait près de l’imposant temple de Saturne, dans le Forum central très animé. Le monument était le point central symbolique et pratique du système routier romain. On considérait que toutes les routes commençaient à la Pierre d’Or, et toutes les distances dans l’Empire romain étaient mesurées par rapport au monument. Il représentait la réalisation de la connexion d’une grande partie du monde grâce à un réseau de routes fiables, permettant de voyager, de transporter des marchandises et d’acheminer plus rapidement des messages.

Localisation du milliaire d'or dans la Rome antique

Ce qui reste de l’Empire

.           Les routes romaines ont sans doute laissé la plus grande marque de tous les temps. Aujourd’hui encore, bon nombre de ces routes ont survécu, et certains de leurs tracés sont toujours utilisés, même si des routes modernes recouvrent les tracés originaux. De nombreux chemins romains, dans des régions allant de l’Europe occidentale à l’Afrique du Nord, sont encore empruntés aujourd’hui. Au-delà des routes …

Cet arc de triomphe inspirait crainte et admiration aux visiteurs de la ville de Thamugadi (aujourd’hui Timgad), la Pompéi de l'Afrique du Nord, dans l’actuelle Algérie. Thamugadi a peu à peu été oubliée sous les sables du désert L’empereur Trajan fonda cette colonie civile, à côté du fort de Lambèse, vers l’an 100 ap. J.-C. Les sillons laissés par les chariots et les attelages sur les voies pavées sont toujours visibles. George Steinmetz.

Rome imposait son sens de l’ordre dans tout l’Empire. La ville de Thamugadi, construite selon un plan quadrillé, accueillait un marché (au centre), des portes monumentales, plus d’une douzaine d’établissements thermaux, une bibliothèque et un théâtre de 3 500 places. George Steinmetz.

Ces vestiges de la Rome glorieuse furent d’abord un fort, puis une colonie civile qui approvisionnait les soldats en garnison sur le mur d’Hadrien. - Robert Clark.

 

Les Barbares devaient écarquiller les yeux devant cette section du mur bordant une falaise, près du village d’Once Brewed. À son apogée, le mur mesurait 4,5 m de haut et s’étendait sur 118 km de l’est à l’ouest du pays. Il était, par endroits, renforcé par un fossé profond. - Robert Clark

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Les soldats romains construisirent plus de 800 tours de guet le long des 550 km de frontière entre le Rhin et le Danube. Il n’en reste que quelques fondations en pierre. - Robert Clark

Bâti à l’orée du désert vers 300 ap. J.-C., cet avant-poste de cavalerie est l’un des forts romains les mieux préservés du monde. Entre 70 et 160 cavaliers empêchaient les nomades arabes d’attaquer les caravanes d’encens et de myrrhe. - Robert Clark