2-3-3 – Le roi qui a trahi ?

Edward VIII – Le duc de Windsor

Paris Match, Le Monde, L’Obs, Le Point, Slate, Wikipedia

.            Tirées d'une vidéo amateur (17 secondes), en noir et blanc tournée en 1933 ou 1934, des images sont réapparues en 2015, diffusées par le tabloïd The Sun. Elles montrent la future reine Elizabeth II, alors âgée d'environ six ans, lever le bras droit à la manière d'un sympathisant du IIIe Reich. Elisabeth, sa sœur Margaret, et leur mère effectuent le salut nazi, sous les encouragements de leur oncle Edward VIII, alors futur roi. On verra  Edward VIII imiter le geste quelques plans plus tard. Les deux princesses, encore dans l'âge tendre (Elisabeth avait alors 6 ou 7 ans), ne pouvaient évidemment pas mesurer le symbole du geste. Pour leur oncle, il en est tout autrement.

.            Ces photos rappellent les relations parfois troubles de la famille royale britannique avec le régime hitlérien, une page d'histoire que Buckingham Palace aurait certainement préféré garder refermée. En revanche, cela relance le débat sur les liens entre l'Allemagne nazie et l'oncle d'Elizabeth II, le futur éphémère roi Edward VIII.

.            Edward VIII devint roi d'Angleterre le 20 janvier 936 à la mort de son père, George V. Il régna pendant moins d'un an, abdiquant le trône le 11 décembre 1936, avant son couronnement, pour épouser Wallis Simpson, une divorcée américaine. À l'époque, l'Église d'Angleterre, qui est dirigée par le monarque, ne permettait pas les divorces. Le roi Édouard VIII avait donc à faire un choix : l'amour ou la couronne ? Il a choisi l'amour, prenant le titre de duc de Windsor.

Romance universellement célébrée, voire mythifiée, la liaison entre le roi anglais Edward VIII et l'Américaine Wallis Simpson fit scandale au point de coûter sa couronne au fils de George V, contraint à l'abdication moins d'un an après son accession au trône. Qu'un Windsor ne puisse épouser une roturière, étrangère, divorcée et encore unie en 1936 à son deuxième époux, devait durablement émouvoir. Et la bluette circula, déclinant au XXe siècle la fable des amours princières contrariées.

.            Dandy aussi élégant que superficiel, sportif dilettante, le prince de Galles ne cachait pas sa défiance envers la classe politique, n'hésitant pas à bafouer la réserve imposée aux princes sur la conduite des affaires de l'Etat. Il était pourtant notoire pour les spécialistes de l'histoire anglaise que le débat qui secoua alors la monarchie était autrement grave : ses sympathies pour les régimes dictatoriaux qui fleurissent en Europe, sa germanophilie profonde, sa proximité dès le début des années 1930 des idéologues allemands qui préparent la victoire de Hitler, comme la liaison entretenue par le dignitaire nazi Ribbentrop avec Wallis Simpson ne manquaient pas d’inquiéter.

Si depuis plusieurs siècles, de par ses origines et ses liens familiaux, la famille royale était plutôt germanophile, les choses avaient évolué suite à la Première Guerre mondiale, qui avait entraîné une vif courant germanophobe en Angleterre. La dynastie d'origine allemande avait ainsi eu le bon goût de substituer en 1917, en pleine guerre mondiale, le nom Windsor d'une résidence royale du Berkshire à celui des Saxe-Cobourg-Gotha. Cependant, Edward VIII ne cacha jamais son admiration pour l'Allemagne nazie.

L'expérience d'Edward des « scènes d'horreur sans fin » durant la Première Guerre mondiale l’avait poussé à soutenir la politique d'apaisement du Premier ministre britannique Neville Chamberlain, signataire pour le Royaume-Uni des funestes accords de Munich, le 30 septembre 1938, qui livraient les Sudètes à Hitler et scellaient la mort de la Tchécoslovaquie. Hitler considérait Edward comme un partisan de l'Allemagne nazie et pensait que les relations anglo-allemandes auraient pu être améliorées s’il était resté sur le trône.

.            Il en est venu à partager des documents alliés classés confidentiels avec Wallis Simpson qui était elle-même la maîtresse de l’ambassadeur d’Allemagne à Londres Herr Ribbentrop. La situation fut telle que le gouvernement dût arrêter de déposer des documents sensibles dans la boite rouge quotidienne du roi, mais toutefois sans inquiétude particulière, tous persuadés qu’il allait rapidement abdiquer. N’avait-il pas promis en outre de se retirer de la vie publique.

.            A peine un an après avoir abdiqué et avoir tout récemment épousé Wallis Simpson le 03 juin 1937, le duc et la duchesse de Windsor visitent Hitler, en octobre 1937, au Berghof à Obersalzberg, montagne des Alpes bavaroises près de Berchtesgaden, où celui-ci passait ses vacances depuis les années 1920. La visite fut largement annoncée et relatée par les médias allemands.

Édward VIII aurait envoyé un télégramme à Hitler en 1936 lui souhaitant «bonheur et bien-être». Aussi pour certains, ce voyage était destiné à obtenir un soutien pour le nouveau couple. Selon d’autres, le duc aurait salué chaleureusement Hitler tout au long de cette visite d’Etat officieuse. "Edward avait beaucoup de sympathie et d'amitié pour les dirigeants nazis. Il s'était très bien entendu avec Joseph Goebbels, le ministre de la propagande, lors de cette visite", explique Andrew Morton, auteur de Seventeen Carnations. Edward VIII effectua le salut nazi à de nombreuses reprises et visita des écoles d’entraînement de soldats SS ainsi que les premières versions de camps de concentration. Comme une partie de l'aristocratie britannique, Edward VIII voyait dans Hitler un rempart contre le communisme stalinien. "Il admirait la modernité du parti nazi, il était d'accord avec ses méthodes dictatoriales, du point de vue de leur efficacité", souligne Andrew Morton.

Le duc aurait en outre déclaré à cette époque: "Hitler va écraser les Américains (...) Les Britanniques ne veulent pas de moi pour roi, mais je serai bientôt revenu comme leur chef". Selon l'historienne Karina Urbach, chercheuse à l’Institut de recherche historique, Edward aurait également échangé des propos blâmant "les juifs, les communistes et les Affaires étrangères, responsables de la montée des tensions en Europe" avec son ami Javier Bermejillo, un diplomate espagnol.

.            D’autres conversations, documentées dans le dernier livre de Karina Urbach, Go-Betweens for Hitler, démontrent également les liens entre Charles-Édouard de Saxe-Cobourg et Gotha, un autre membre de la famille royale, et Adolf Hitler, qui recourait à ses services lors de certaines négociations secrètes. Les recherches de Karina Urbach révèlent en outre que les Soviétiques étaient au courant des positions d’Édouard VIII vis-à-vis du régime nazi dès 1940 et que lui et Hitler avaient discuté de la formation d’un nouveau gouvernement en Angleterre afin de faire alliance avec l’Allemagne contre l’URSS.

.            Abdication, mariage avec une divorcée, accointances avec les nazis : c'en est trop pour la famille royale qui n'a pas soutenu ni apprécié cette visite. Il reste mal venu dans une famille sur laquelle il a jeté l'opprobre et qui craint de surcroit le scandale de la probable bisexualité du duc et de la vacuité d'un couple mondain qui ne rêve que visibilité, richesse et honneurs. La raison d'Etat s'accommoda toutefois de la fable d'une histoire d'amour pour masquer la tentation fasciste du monarque éphémère. Et ainsi seront détruits la plupart des rapports du MI5, service de sécurité et de renseignement.

.            La deuxième guerre mondiale éclate, et l'ex-souverain multiplie les déclarations appelant à "se ranger du côté d'Hitler".

Le duc de Windsor, à la déclaration de guerre, est intégré à la mission militaire britannique en France. Durant l'occupation de la France, le duc demanda aux forces allemandes de placer des gardes devant ses résidences de Paris et de la Riviera, ce qu'elles firent. Les activités pro-nazies du duc de Windsor se développèrent également dans l'ombre d'un milliardaire franco-américain, au service de l'Allemagne, Charles Bedeaux. Multipliant les tournées d'inspection sur les fronts français, le duc de Windsor transmet ses minutieux relevés à son mentor Bedeaux. Celui-ci ralliera Berlin et dès lors délivrera en mains propres ses messages secrets.

En février 1940, l'ambassadeur allemand à La Haye, le comte Julius von Zech-Burkersroda avance que le duc avait livré les plans de défense alliés pour la défense de la Belgique. Quand un avion allemand s’est écrasé en Belgique transportant les plans militaires d’Hitler pour l’invasion de la France, le duc, n’a pas tardé à faire savoir à ses amis nazis que les forces alliées avaient réussi à récupérer ces informations inestimables, ce qui allait laisser à l’Allemagne le temps de modifier ses plans, et en moins d’un mois, après la traversée éclair des Ardennes, maillon faible de la défense française, Paris est passée sous occupation allemande.

Le duc aurait également prévenu le gouvernement allemand que la résistance du Royaume-Uni face aux bombardements aériens allemands s’affaiblissait et qu’ils devaient donc continuer à bombarder. Et Karina Urbach confirme bien qu'Edward VIII voulait finalement que l'Angleterre soit bombardée afin qu’elle se soumette. L’information provient d’une conversation datée du 25 juin 1940 entre Édouard VIII et Javier Bermejillo et se résume en une phrase: «Un bombardement efficace de l’Angleterre pourrait ramener la paix.» Un souhait que Javier Bermejillo va prendre pour argent comptant et qui va ensuite, selon les dires de la chercheuse, être transmis à Francisco Franco, le dictateur espagnol, qui le transmettra lui-même aux Allemands. Quinze jours plus tard, le 07 septembre 1940, commençaient les raids nazis "Blitz" au dessus du sol britannique. 14.620 civils londoniens, plus 30 000 citoyens anglais mourront sous les bombes allemandes.

.            Des documents d'archives du gouvernement britannique dévoilés le 20 juillet 2017 par les Archives nationales (télégrammes allemands interceptés par les services de renseignements de Sa Majesté) révèlent que l'Allemagne, certaine en juin 1940 de sa victoire en Europe, avait pour objectif de kidnapper l’ancien roi Edward VIII, et de lui rendre sa couronne pour s'assurer de son soutien dans le cadre d'une invasion par ses troupes du Royaume-Uni (Opération Willi).

Occupant le poste de major-général en France (de fait exilé), l'ancien roi, qualifié de traitre, est évidemment sommé de rentrer sur sa terre natale lorsque que l'Hexagone est envahi. Il n'en fait rien et le couple quitte Paris pour Biarritz, puis Antibes, puis l'Espagne de Franco, puis le Portugal de Salazar, où Rudolf Hess en personne vient le presser de gagner un pays neutre pour y prêcher la reddition de l'Angleterre aux abois et tenter de déstabiliser Churchill. Par crainte de voir le duc pactiser avec l'ennemi, Churchill lui-même menace Edward de le juger en cour martiale. Les agents de l'Intelligence Service précédèrent d'un jour Walter Schellenberg et son équipe au Portugal  et le couple, échappant au rapt, sera finalement escorté sur un navire de guerre en août 1940 vers les Bahamas où, selon Churchill, il ne gênerait pas l'effort de guerre britannique, et où le duc demeurera comme gouverneur jusqu'à la fin de la guerre.

.            Les Alliés furent suffisamment dérangés par les complots allemands pour que le président américain Franklin D. Roosevelt ordonne une surveillance secrète du duc et de la duchesse lorsqu'ils visitèrent Palm Beach en Floride en avril 1941.

Alors que l'armée allemande venait de prendre le dessus sur l'armée française, Winston Churchill déployait en fait les plus grands efforts pour faire échouer et garder secret ce plan élaboré par le régime nazi, en 1940, consistant à kidnapper le duc.

Après la guerre, Churchill a personnellement veillé, auprès de ses alliés américains et français, qui étaient également dans la confidence, à ce que cet épisode de rapt visant à remettre Edward VIII sur le trône britannique, reste confidentiel. En 1953, le président américain Dwight Eisenhower avait d'ailleurs affirmé qu'il estimait lui-même que tout cela ne relevait que d'une opération de « propagande allemande » pour « affaiblir la résistance occidentale » pendant la guerre. Winston Churchill lui avait confié que la nomination du duc de Windsor au poste de gouverneur général des Bahamas avait pour but de « l'éloigner de l'Europe et de la portée de l'ennemi ». Le Premier ministre avait ensuite déclaré que l'ancien souverain n'avait aucune connaissance de ces télégrammes allemands au moment des faits.

         

Les dossiers Marburg

.            En mai 1945, les troupes américaines qui parcouraient les environs du château de Degenershausen, trouvèrent nombre de véhicules militaires allemands abandonnés et détruits, éparpillés sur les routes secondaires, dont certains contenaient diverses quantités d'archives du gouvernement allemand nazi. Le premier lieutenant David D. Silberberg découvrit d'abord des documents signés par le ministre des Affaires étrangères de l'Allemagne nazie Joachim von Ribbentrop, puis retourna à Degenershausen pour approfondir le contexte de ces découvertes. Ayant été informé de l'emplacement de la maison de Meisdorf et du château de Marburg, il y a escorté des agents des services de renseignement et un lot d'objets ont été découverts.

.            Pendant ce temps, les troupes américaines arrêtaient un soldat allemand Karl von Loesch, assistant du traducteur personnel de Hitler, le Dr Paul-Otto Schmidt, alors qu'il fuyait Treffurt, près de Eisenach. Lors de la débâcle, Schmidt lui avait demandé de détruire tous les documents top-secrets qui étaient archivés. Von Loesch obéit et en détruisit la majorité, mais décida secrètement d’en soustraire une partie, qu’il enterra près des faubourgs de Marburg (Hesse), dans les montagnes du Harz, en Allemagne.

.            Von Loesch fut par la suite présenté au lieutenant-colonel R.C.C. Thomson, chef de l'équipe des documentalistes britanniques, à qui il proposa de conduire son équipe sur les lieux où il avait enterré les dossiers, en échange de lui éviter un jugement et de le libérer.

.            Environ 400 tonnes de matériel ont été exhumées par l'armée américaine avant d'être transportées à Marburger Schloss pour examen. Les diplomates américains en ont examiné le contenu, fait d’originaux et de copies, préjudiciables à la famille royale, avant de le transmettre au gouvernement britannique. Le premier ministre Winston Churchill entretint le roi George VI de ces dossiers, lequel a insisté pour que ceux-ci  soient supprimés et jamais rendus publics.

.            Après inspection, au moins 60 dossiers contenaient de la correspondance (lettres, télégrammes et communications) rédigée pendant la guerre par des personnes de l’entourage du duc de Windsor et des agents du haut commandement nazi. Ils détaillaient une conspiration des nazis et du duc nommée Operation Willi, orchestrée en 1940. Il s’agissait d’amener le duc de Windsor à se joindre officiellement aux nazis pour le convaincre d'un prétendu complot, ourdi par son frère successeur le roi George VI et le premier ministre Winston Churchill, qui devaient le faire assassiner à son arrivée aux Bahamas. Ce pourquoi il fallait organiser un enlèvement en le déplaçant en Allemagne où avait déjà été mis à sa disposition 50 millions de livres sterling déposés dans une banque de Genève, dans l'espoir de faire chanter la monarchie et ainsi convaincre la Grande-Bretagne de se rendre et de négocier la paix.

.            Les documents montreraient également un possible plan des nazis de réinstaller le duc comme roi, lui promettant, dans ce cas d’envoyer des troupes allemandes pour réprimer la rébellion coloniale, si nécessaire, tout en reconnaissant officiellement sa femme, Wallis, comme reine, en échange de la libre circulation des forces nazies à travers l'Europe.

.            Les documents considérés comme les plus accablants pour la famille royale figurent parmi ses dernières communications avec les nazis avant son départ pour le poste de gouverneur des Bahamas, selon lesquels le duc encourageait une série de bombardements incessants sur la Grande-Bretagne afin de forcer le gouvernement britannique à entamer des négociations de paix.

.            Il n’est pas certain que le duc ait accepté les conditions posées par les nazis pour tenter de le faire coopérer à l'opération Willi, car il était semble-t-il plus intéressé par la proposition d’un poste de gouverneur aux Bahamas. Toutefois, certains documents confirmeraient qu'il sympathisait néanmoins avec les idéologies nazies et qu'il déclarait que, lui roi, la guerre n’aurait jamais été déclarée.

           Certains des dossiers Windsor n'étaient pas censés être ouverts avant un siècle et le gouvernement travailliste de 1945 a tout fait pour les garder secrets, sans pour autant se soucier de la copie gardée par les Américains. Aussi, selon The Independent, les journaux privés détenus par le ministre des Affaires étrangères de l'époque, Ernest Bevin, ont révélé les "attitudes ambigues du duc à l'égard de la poursuite de la guerre".  

.            En 1946, bien que des pressions aient été exercées pour supprimer certains dossiers, la Grande-Bretagne, la France et les États-Unis sont convenus de travailler ensemble pour traiter les dossiers Marburg, nommant les meilleurs historiens de chaque pays pour superviser le projet. En dépit des efforts britanniques pour continuer à cacher la vérité, les Américains ont publié les documents en 1957. Fort des révélations contenues dans un rapport  de près de 300 pages, le voile se déchire, et ce qui passait pour une douteuse fascination - le duc, en exil, est reçu à Berchtesgaden par Hitler - s'avère relever de la trahison la plus caractérisée.

.            Bien vite, "on y découvrit des éléments si compromettants qu'il fallut une coopération anglo-américaine au plus haut niveau" pour empêcher que le contenu du dossier soit jamais révélé au public. Le britannique Ernest Bevan, secrétaire aux Affaires étrangères, et George Marshall le secrétaire d’Etat américain, se mirent d'accord pour empêcher toute divulgation de ces papiers. Marshall envoya un télégramme urgent et confidentiel pour annoncer que selon Bevan, le Foreign Office avait détruit sa copie du document Dossier Marburg concernant le duc de Windsor. Il demandait aux services compétents de la Maison-Blanche et du Dpt d'Etat de détruire également la copie américaine sur microfilm. Il n’existerait donc plus aujourd'hui ni dans les Archives nationales américaines, ni dans les papiers de Roosevelt, Truman ou Marshall, aucune trace, dossier ou copie sur microfilm du Dossier Marburg. Le « ménage » fut cependant moins radical dans les archives du FBI.

.            Au fil des ans, des d'informations ont cependant filtré en Angleterre, et en 1957, l’essentiel des dossiers a été publié par les Américains. En 1996 les documents ont finalement été accessibles au Public Record Office à Kew. Il a toutefois été précisé que tout ceci reste fragmentaire une partie des documents étant disparue ou  détruite.

Certains auteurs ont avancé qu'Anthony Blunt, un agent du MI-5, agissant sur les ordres de la famille royale britannique, avait effectué un voyage secret au château de Kronberg à Friedrichshof en Allemagne vers la fin de la guerre, afin de récupérer la correspondance sensible entre le duc de Windsor, Hitler et les autres dirigeants nazis. Il est certain que George VI envoya le bibliothécaire royal, Owen Morshead, accompagné de Blunt à Friedrichshof en mars 1945 pour récupérer les documents de l'impératrice allemande Victoria, la fille aînée de la reine Victoria. Des pilleurs avaient volé une partie des archives du château dont des lettres entre la fille et la mère et certaines ne furent récupérées qu'après la guerre à Chicago. Les documents rapportés par Morshead et Blunt et ceux rendus par les autorités américaines furent déposés aux Archives Royales.

Anthony Blunt est un historien d'art britannique, spécialiste de l'art classique français et du baroque italien. Il est également connu pour avoir été le « quatrième homme » des Cinq de Cambridge, un groupe d'espions, réseau créé par Kim Philby, ayant travaillé pour le compte de l'Union soviétique pendant la guerre froide. Sa carrière d'espion reste un secret d'État jusqu'en 1979, lorsque le Premier ministre de l'époque, Margaret Thatcher, décide de révéler son passé, dans l'enceinte de la Chambre des communes. Le scandale est considérable et son homosexualité lui vaut de violentes insultes homophobes. Son titre de chevalier lui est aussitôt retiré et, à sa mort, l'État britannique refuse son legs de tableaux de Poussin. George Steiner estime que l'on ne connaîtra jamais l'étendue exacte de son rôle en tant qu'agent double.

"Le Roi qui a trahi."

Martin Allen

.            Il ne fait aucun doute qu'Edouard VIII ait été un agent nazi. Un rapport très complet du FBI résultant d'une demande spécifique du président Roosevelt, mis en garde par Winston Churchill, contraint de faire face à une réalité déplaisante.

.            En 1917, en raison de la première guerre mondiale initiée par l'Allemagne, la famille royale d'Angleterre changea son nom de Saxe-Cobourg-Gotha en Windsor, ce qui dissimulait mieux les liens familiaux de la famille royale avec l'Allemagne.

.            Edouard VIII est né Saxe-Cobourg-Gotha comme Lord Mountbatten est né Battenberg. Mais, cela ne suffit pas à faire un traitre.

En 1936, Stewart Menzies, officier supérieur du MI6 sous Lord Sinclair, avait une propriété à Luckington. Il remarqua un jour que la vénérable Guilsborough House à Luckington Manor avait été louée par un letton Allemand, le Baron Robert Treeck, accompagné par sa maîtresse chilienne répondant au romanesque nom de "Baroness Violetta de Schroeders". Un coup d'oeil aux fichiers du SIS montrèrent à Menzies que son nouveau voisin était un agent de l'Abwehr de Canaris, qui avait probablement considéré les territoires de chasse de Beaufort Hunt comme propice à des contacts de haut niveau. Le Prince de Galles (Edward Windsor), qui visita Beaufort Hunt a plusieurs reprises présentait probablement un intérêt pour Treeck. Edouard exprima d'ailleurs en public à cette époque "Every drop of blood that courses through my veins is German" [chaque goutte de sang qui court dans mes veines est allemande].

Ses manifestations pro-allemandes et pro-hitlériennes devinrent progressivement une source d'embarras pour le gouvernement Baldwin.

.            Le premier ministre Britannique, Stanley Baldwin et plusieurs de ses ministres étaient même pudiquement convaincus par des rapports du MI5 [service anglais de contre-espionnage] que Wallis Simpson était une espionne allemande qui passait des informations aux allemands en pleine connaissance du futur Edouard VIII. Il semble (de façon très documentée) que les fondements de toute cette histoire aient trouvé leur source dans une assez sordide histoire de domination sexuelle assez perverse exercée par Wallis Simpson.

.            Après l’intronisation d'Edouard VIII le gouvernement fut de plus informé que Wallis Simpson avait d'autres relations sexuelles. Il faisait un peu désordre que la maîtresse officielle du roi dont il ne cachait pas le désir d'en faire sa femme, enterre sa vie de vieille fille (divorcée deux fois) avec un homme marié, le vendeur et mécanicien Guy Trundle et d'un autre homme en même temps Edward Fitzgerald. Mais pour les Britanniques, le fait que la future mariée ait une liaison avec l'envoyé spécial d'Hitler ne les faisait pas rire.

Les officiers du FBI confirmèrent en 1941 les rapports du MI5 que la couronne d'Angleterre avait fait enterrer (ils ont été déclassifiés en 2000), selon lesquels von Ribbentrop avait été en 1936 l'amant de la future duchesse, lui envoyant quotidiennement 17 oeillets pour lui rappeler le nombre de fois où il l'avait honorée ("Grosse Finesse").

.            Lorsqu'Edouard fut devenu roi, Hitler délégua Charles, Duc de Coburg et prince de Hesse, à Londres comme émissaire. Coburg, un des petits-enfants de la reine Victoria, était retourné en Allemagne pour récupérer le duché d'Albert (le mari de la reine Victoria). Pendant la 1ere guerre mondiale, il s'était battu du côté allemand et se trouvait être maintenant un nazi ardent. Il était également très proche d'Edouard. Lorsqu' Hitler réoccupa la région Rhénane (1936), il semblerait (douce litote toute Britannique pour désigner les preuves du MI5) qu'il ait été informé de ce que l'Angleterre se contenterait de protester sans agir et que le roi en avait informé Cobourg.

.            L'Archevêque de Canterbury avait fait savoir très clairement qu'il était opposé au mariage du roi. Le MI5 avait déjà intercepté des correspondances entre le duc de Windsor et son cousin germanique, le Prince de Hesse et le Prince de Coburg Saxe-Gotha fournissant la preuve accablante de son intention de faire revirer les alliances, trahissant ainsi la Grande Bretagne. Pendant ce temps la duchesse continuait de transmettre des informations à Ribbentrop au vu et au su du MI5 trop content de trouver là de quoi faire renoncer Edouard à ses projets de mariage avec elle.

C'en était trop pour le gouvernement Britannique qui contraint le roi à abdiquer (malgré le soutien de Churchill à l'époque) en lui laissant sauver la face avec une belle histoire d'Amour bien romantique qui fit pleurer dans les chaumières; le roi avait renoncé à sa couronne parce qu'on ne voulait pas le laisser épouser l'amour de sa vie sous prétexte qu'elle était divorcée (bientôt deux fois).

.            Le duc de Windsor quitta alors l'Angleterre pour l'Autriche récemment annexée par l'Allemagne où il était l'invité d'un milliardaire français (marié à une américaine) Charles Bedaux. Lorsque Wallis eut enfin obtenu les papiers de son deuxième divorce, ils se marièrent en France au château de Candé, une des propriétés de Charles Bedaux, avant de partir pour un voyage de noce en Autriche et en Hongrie dans diverses maisons de ... Charles Bedaux. Bedaux avait publié un modèle économique de séparation des tâches dans les entreprises (qui aujourd'hui fait un peu dresser les cheveux sur la tête) qu'il promouvait en Europe après avoir fait fortune grâce à lui aux USA.

C'est Charles Bedaux qui organisera le voyage du couple en Allemagne et la visite à Hitler qui fut ébloui par la personnalité de Wallis Simpson qui n'était pas une femme spécialement belle, ni particulièrement intelligente (peut-être lui rappelait-elle certaines choses de sa nièce Geli Raubal).

.            Edouard Windsor avait été nommé liaison entre l'armée Britannique et l'armée française. Au moment de l'invasion allemande laissant sa femme à son travail d'espionnage le long de la côte atlantique et à ses rapports quotidiens à Von Ribbentrop, Edouard alla empaqueter leurs affaires à Paris et ils se rendirent ensemble de Biarritz à Antibes. Puis Edouard déserta purement et simplement et se rendit en Espagne avec sa maisonnée.

Après être resté en Espagne quelques temps, il passa au Portugal et Von Ribbentrop conclut un plan avec Hitler pour ramener le duc en Espagne (de gré ou de force) et envoya Walter Schellenberg qui n'était pas encore chef des services secrets, pour négocier avec le duc pour le convaincre que l'Allemagne le remettrait sur le trône d'une Angleterre vaincue.

Soufflant le chaud et le froid sur son pusillanime ami, Churchill menaça le duc de le faire passer en cour martiale pour désertion sur le champ de bataille s'il n'acceptait pas un poste proposé aux Bahamas. Après avoir beaucoup tergiversé et lutté pied à pied, Edouard céda et Schellenberg revint bredouille de sa mission impossible.

.            Le MI6 a publié bien après la guerre les rapports d'espionnage d'Edouard VIII sur la Ligne Maginot en expliquant que c'était un agent particulièrement doué. Il convient de souligner qu'un de ces rapports porte sur le point, dans les Ardennes, où Von Manstein a passé la Ligne Maginot pour couper l'arrière des lignes Franco-Anglaises provoquant ou jouant un rôle important dans la débâcle de 1940. Lorsque Churchill devenu Premier Ministre voulut savoir des choses sur la Ligne Maginot, il ne se fit pas communiquer les rapports secrets d'Edouard Windsor, mais il demanda aux français qui furent heureux de lui fournir toutes les informations demandées et de l'inviter à visiter, ce que fit Churchill (il n'y avait donc aucune raison pour l'Angleterre d'espionner les français et la rationalisation d'après-guerre disparaitra bien vite). Ces rapports secrets d'Edouard avaient été récupérés en Allemagne à la demande de George VI (son frère et successeur au trône) par ... Anthony Blunt. Ce dernier avait été envoyé en compagnie de Owen Morsehead au château de Friedrichshof, la résidence principale des Landgraves de Hesse, près de Francfort.

.            Lorsque le rapport du FBI de 1941 fut publié cela créa un certain choc et puis les mémoires s'estompèrent pour ne pas voir une réalité qui les gênait et dont les relents sexuels étaient vraiment peu glorieux. En clair : c'était bien un espion. Anthony Blunt qui avait copie des preuves, lorsque Margareth Thatcher le dénonça comme espion soviétique perdit certes son lordship mais finit tranquillement sa vie à Londres en écrivant ses mémoires d'espion. Walter Schellenberg chef des services secrets allemands qui détenait les mêmes preuves et d'autres fut hébergé par l'Angleterre comme témoin jusqu'à son procès et, après sa condamnation pour crimes de guerre, hospitalisé pour maladie (réelle) avant d'être libéré pour raison de santé ... à la demande des Britanniques.

Édouard VIII n'a jamais trahi.

François Kersaudy 

.            Le rapport du FBI présentant Édouard VIII comme une menace nazie pour son pays est-il crédible ?

.            Le duc de Windsor n'a jamais trahi qui que ce fût ! Les documents du FBI sont bourrés de bêtises. Ce service fédéral s'occupait de sécurité intérieure, n'avait aucun agent en Europe. Il marchait sur des rumeurs, ne distinguait pas même la France de la Belgique. On est dans de la fiction !

.            Martin Allen (Le roi qui a trahi, paru en 2000) a été arrêté par Scotland Yard parce qu'avant d'écrire son livre, il avait glissé dans les archives nationales britanniques vingt-neuf documents rédigés de sa propre main, sur Édouard VIII, afin de nourrir sa thèse. Ces documents étaient censés être allemands et dater de 1929 mais des historiens ont douté et les ont fait analyser. Tout était faux. Les archives britanniques n'ont pas voulu porter plainte car Martin Allen était vieux et malade. Elles sont, depuis, équipées de caméras de surveillance, non par peur du vol, mais pour vérifier que personne n'ajoute rien. En traduisant ce livre, la France s'est rendue complice de falsification.

.            Cependant, il y a les images, où l'on voit Édouard VIII et Wallis Simpson très à leur aise avec les officiels nazis. Édouard VIII, d'origine allemande lui-même, était germanophile et anticommuniste comme toute la noblesse. Jusqu'en mars-avril 1939, tout le monde était bien disposé envers Hitler, très favorable à l'apaisement avec l'Allemagne. C'est vrai qu'on le voit faire le salut nazi en 1938. Et qu'il a passé son voyage de noces là-bas. Mais je ne le soupçonne absolument pas de trahison. Édouard VIII était un benêt. Le malheureux n'avait accès à aucun document secret. Sa préoccupation, c'était qu'on lui reconnaisse un grade, à lui et à son épouse. Si, en 1941, le FBI s'est intéressé à lui, c'est à cause de la mafia des Bermudes et des Bahamas où on l'avait nommé gouverneur, et dont il était très proche.