Ces trains australiens hyper-longs !

            Du ferroviaire en mode superlatif. En Australie, les trains qui transportent du minerai de fer sont des géants que l'on voit nulle part ailleurs. Rio Tinto qui exploite plusieurs de ces mines fait ainsi rouler 53 trains de 2,5 kilomètres de long, composés chacun de 244 wagons pour une charge totale de 28.000 tonnes.

Une autre société minière, BHP, a même fait circuler un train dont la longueur atteint plus de 7 kilomètres. De quoi transporter pas moins de 82.000 tonnes de minerai. Un record. Plus le train est long et chargé, plus les économies d'échelle sont importantes.

Le train de minerai de fer de BHP Iron Ore, détenteur d'un record mondial, traversant la région de Pilbara en Australie-Occidentale. Long de 7,353 kilomètres, le train peut transporter jusqu’à 82.000 tonnes de minerai de fer © AFP

            Et cerise sur le gâteau, les trains XXL de Rio Tinto peuvent circuler depuis 2019 de manière autonome, sans conducteur, pilotés à distance de jour comme de nuit sur un réseau spécifique appelé AutoHaul qui traverse le pays sur plus de 2.000 kilomètres. Une économie d’échelle poussée à l’extrême.

L'automatisation permet de réduire les coûts d'exploitation. Au-delà de la suppression des conducteurs qui devaient souvent rejoindre les trains en plein désert, elle permet également de faire rouler plus de trains et à une vitesse plus élevée et ainsi améliorer considérablement le rendement du trafic tout en diminuant la consommation de carburant (le réseau n'est pas électrifié, les locomotives sont diesel). Les trains géants de Rio Tinto, tractés par trois locomotives circulent avec un intervalle maximal de 18 minutes, 24 heures sur 24, reliant 18 mines aux ports de Dampier et de Cape Lambert.

Concrètement, dans les gares de triage proches des ports de Dampier ou de Cape Lambert, un conducteur monte à bord de la locomotive pour la préparer au voyage. La conduite est ensuite transférée au centre de contrôle des opérations, situé à Perth (à 1.500 kilomètres), qui définit l'itinéraire précis du train et l'oriente vers une mine spécifique pour le chargement. Une fois arrivé à la mine, le train passe en mode de chargement automatisé, remplissant chacun des 244 wagons de minerai, avant de retourner au port. Le train parcourt entre 600 et 1.000 km environ selon la mine desservie, de manière sécurisée et supervisée. Un trajet peut durer jusqu’à 42 heures.

Un train autonome de fret sur le réseau AutoHaul en Australie © Hitachi Rail

            La circulation autonome s'appuie sur les derniers standards technologiques en la matière : communication très haut débit, logiciels embarqués, équipements spécifiques sur les voies, scanners laser aux passages à niveau, automatisation des arrêts, batterie de capteurs (thermiques, radar...) sur la locomotive permettant d'identifier des objets ou des animaux à 1.800 mètres de distance et d'évaluer les risques ... Grâce à l'intelligence artificielle, le système applique des schémas de comportement en fonction des « anomalies » rencontrées. Il actionne par exemple automatiquement le klaxon si un animal ou une personne est repéré ou bien arrête le train en cas de présence d'une pierre sur la voie par exemple.

Depuis le centre de contrôle opérationnel, des techniciens surveillent de près les trains sur l’ensemble du réseau tout au long de leur parcours et scrutent les alertes et alarmes en temps réel afin d’intervenir de manière appropriée. Là encore, il s'agit d'anticiper non seulement pour parer les accidents, mais aussi les arrêter à bon escient car chaque arrêt a un coût … avec les deux kilomètres nécessaires.

BFM Business - Olivier Chicheportiche – 17 mai 2026