La crypte de la civilisation, cette capsule temporelle scellée jusqu’en 8113

Le 25 mai 1949 fut scellée la porte d’une pièce unique, construite dans les sous-sols d’une université américaine. Celle-ci, baptisée « la crypte de la civilisation » renferme une capsule temporelle contenant des milliers d’objets et doit être rouverte en 8113.
28 mai 8813. C’est la date précise à laquelle nos lointains descendants pourront ouvrir la crypte de la civilisation, une capsule temporelle créée au XXe siècle par le Dr Thornwell Jacobs. Ce dernier est alors président de l’université d’Oglethorpe à Atlanta, dans l’État de Géorgie, aux États-Unis, lorsqu’il décide de créer un témoignage permanent de la vie sur Terre pour les futurs habitants, à travers des milliers d’objets d’époque.
« Un devoir archéologique »
Dans un article publié en novembre 1936 dans Scientific American, il raconte avoir été frappé par le peu d’informations concrètes découvertes lors de l’ouverture des pyramides égyptiennes dans les années 1920, avant de décrire un projet original : présenter un récit continu de la vie et des coutumes, illustrant le mode de vie en 1936 ainsi que les connaissances accumulées par l’humanité jusqu’alors. « Son projet consistait à conserver consciemment, pour la première fois dans l’histoire, un témoignage complet de la civilisation », peut-on lire sur le site de l’université d’Oglethrope.
« Sans une catastrophe naturelle telle que l’éruption du Vésuve, les splendeurs de Pompéi et d’Herculanum n’auraient jamais été révélées à nos yeux », écrira-t-il plus tard dans ses mémoires. Guidé par « un devoir archéologique », comme il le définit lui-même, Thornwell Jacobs se lance alors dans le projet de construire une relique pour les historiens du futur : une capsule temporelle qu’il baptisera « la crypte de la civilisation ».
Rapidement, le lieu où sera enfouie cette capsule temporelle est trouvé : elle sera construite dans le caisson étanche d’une ancienne piscine située au sein de l’université Oglethrope à Atlanta. Ses murs sont recouverts d’un placage d’émail pour protéger la capsule. La crypte a été débarrassée de son oxygène, remplacé par de l’azote inerte pour éviter l’altération des objets à l’intérieur. L’ensemble a été scellé par une porte en acier inoxydable soudé, qui assure son étanchéité.
Peluche, objets du quotidien, vidéos…
Pour déterminer quels objets entreposer dans la crypte, Thornwell Jacobs collabore avec le scientifique Thomas K. Peters, qui va devenir l’archiviste de la crypte de la civilisation. Durant trois ans, ils vont collecter ensemble des objets, enregistrements vidéo et sonore, qui témoignent des différentes époques de notre civilisation. Le résultat ? Plus de 640.000 pages de documents microfilmés, des centaines de films d’actualités et d’enregistrements, un jeu de construction en bois, une peluche de Donald Duck et des milliers d’autres objets, dont beaucoup proviennent du quotidien. On y trouve également un appareil conçu pour enseigner l’anglais aux découvreurs de la crypte. Parmi les éléments du quotidien, on retrouve du fil dentaire, un grille-pain électrique, le contenu d’un sac à main de femme, un stylo-plume, une machine à écrire, une caisse enregistreuse, une bouteille de bière de la marque Budweiser, …
On trouve également de grands classiques de la littérature contemporaine (notamment un manuscrit original d’Autant en emporte le vent) mais aussi universelle : la Bible, le Coran, L’Illiade et L’Odyssée d’Homère, L’Enfer de Dante… Beaucoup d’enregistrements audio ont été ajoutés, dans lesquels on peut entendre les voix de Staline, Hitler, Mussolini ou encore Roosevelt, représentatifs de l’époque.
Un délai de 6.177 années entre sa fermeture et sa réouverture
Aucun or, argent ou bijou n’y est entreposé afin de ne pas tenter d’éventuels voleurs. Chaque article, dont certains donnés par des institutions et des particuliers, a été répertorié et scellé. Une fois achevée au printemps 1940, la crypte ressemblait à une cellule d’une pyramide égyptienne, encombrée d’objets disposés sur des étagères et à même le sol.
Pourquoi la date du 28 mai 8113 a-t-elle été fixée ? Thornwell Jacobs était un passionné de l’Égypte antique donc il a voulu un délai de 6.177 années, soit autant que le temps séparant le premier calendrier de l’Égypte antique (4241 avant J-C) de la date de 1936, année du début de constitution de la crypte.
Le 28 mai 1940, lors d’une cérémonie retransmise en direct à la radio locale, la crypte fut fermée. Parmi les derniers objets à y être apposés ce jour-là : le compte rendu écrit de la cérémonie et une plaque d’acier représentant la une du jour de l’Atlanta Journal. En pleine Seconde Guerre mondiale, Thornwell Jacobs déclara ce jour-là : « Le monde est en train d’enterrer notre civilisation à jamais, et c’est ici, dans cette crypte, que nous la léguons. »
OuestFrance – 01 jul 2026
