Le SHAPE (Supreme Headquarters Allied Powers Europe)
Le haut commandement européen de l’OTAN 
. Le traité qui crée l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN), un engagement de défense collective, est signé à Washington le 4 avril 1949 par douze pays : Belgique, Danemark, France, Islande, Italie, Luxembourg, Norvège, Pays-Bas, Portugal, Royaume-Uni, Etats-Unis et Canada. L'objectif est de faire face à la menace du bloc communiste de l'Est mené par l'URSS. C'est l'entrée dans la guerre froide.
La France était l’un des fervents partisans d’une structure de défense occidentale. La principale préoccupation de la France était la protection de ses territoires et l’affectation immédiate de ressources militaires. Ces deux aspects ont été très tôt mis en œuvre. Étant une puissance influente, la France a obtenu qu’une clause mentionnant « les départements de l’Algérie française » figure dans le Traité de l’Atlantique Nord – cette clause est devenue caduque lorsque l’Algérie a accédé à l’indépendance, en 1962.
30 juillet 1949 – Le président de la République française, Vincent Auriol, signe l’instrument d’accession au nom de la France.
Quatorze mois après la signature du Traité de l'Atlantique Nord par les Alliés, la guerre de Corée éclata en juin 1950, faisant craindre une attaque soviétique contre l'Europe occidentale. L'Alliance possédait alors une structure extrêmement limitée. Aucun commandant militaire de l'OTAN n'avait été nommé, aucun quartier général ou commandement militaire de l'OTAN n'avait été établi et toutes les forces militaires des alliés restaient sous contrôle national.
Lors du conseil de l’OTAN à New York le 15 septembre 1950, le secrétaire d'État américain a proposé aux alliés de l'OTAN d'établir une grande force militaire intégrée et efficace, composée d'unités fournies par des nations individuelles, dont l'Allemagne de l'Ouest, contrôlée par une organisation militaire centralisée qui administrerait et entraînerait ces forces sous la direction d'un commandant unique de l'OTAN. Le président Truman nomme Dwight D. Eisenhower commandant suprême de l’OTAN.
On considérait à l’époque que l’Europe continentale était le meilleur endroit pour bâtir une initiative de défense commune pour les Alliés. Plusieurs pays ont été envisagés pour l'implantation du siège permanent du Supreme Headquarters Allied Powers Europe (SHAPE). Les pays du nord et du sud de l'Europe étaient considérés comme trop isolés du reste du commandement, la Grande-Bretagne ne faisait pas partie de l'Europe continentale et l'Allemagne de l'Ouest n'était pas membre de l'OTAN (*) et considérée comme trop proche des territoires contrôlés par les Soviétiques. Paris, où se réunissait souvent l’Organisation des Nations Unies, incarnait les valeurs historiques et culturelles que l'Alliance avait, et a toujours, pour mission de préserver. Et la France, plus centrale et disposant d’excellents moyens de télécommunications, a finalement été retenue.
* - Le 23 octobre 1954, le protocole d’adhésion de l’Allemagne de l’Ouest à l’OTAN sera signé au Palais de Chaillot.
Le modeste quartier général situé à Londres, au 13 Belgrave Square, s’installe à Paris dans le cadre prestigieux du Palais de Chaillot, en face de l’emblématique Tour Eiffel. 90 tonnes de matériel et de mobilier de bureau ont ainsi été transportées de l'autre côté de la Manche, par avion plutôt que par bateau, afin d’assurer la continuité des activités. Ce transfert fut le plus important déménagement de mobilier jamais entrepris par voie aérienne en Grande Bretagne.
L’Union occidentale avait été constituée en mars 1948, lorsque la Belgique, la France, le Luxembourg, les Pays Bas et le Royaume-Uni avaient signé le Traité de Bruxelles en réponse à une demande américaine de plus grande coopération européenne. Depuis septembre 1948, elle avait établi son quartier général, placé sous le commandement du maréchal Bernard Montgomery, dans le château de Fontainebleau. Alors que les structures militaires de l'Alliance se mettaient en place, elle transféra ses responsabilités en matière de défense au Grand quartier général des puissances alliées en Europe, le SHAPE.
Le 1er janvier 1951, l’hôtel Astoria, sur l'avenue des Champs-Élysées, près de la place de l'Étoile, est provisoirement mis à la disposition du commandement militaire et sommairement aménagé pour recevoir les officiers américains qui doivent constituer le groupe de planning du SHAPE.
Sur le site de Voluceau, à Rocquencourt, à l’ouest de Paris, les bâtiments préfabriqués destinés à accueillir le SHAPE sont construits par le génie militaire français en un délai record de trois mois. La construction coûta 733 millions de francs français de l'époque (1.1 million euros) et, à son inauguration le 23 juillet 1951, il abritait 183 officiers issus de 9 des 12 nations que comptait l’organisation : 100 Américains, 27 Français, 26 Britanniques, 10 Italiens, 7 Belges, 5 Néerlandais, 3 Danois, 3 Norvégiens et 2 Canadiens ; le Portugal et le Luxembourg enverront du personnel au SHAPE plus tard, et l'Islande n'a pas de forces armées.
Le 2 avril 1951, jour de l’activation du nouveau quartier général permanent de l’OTAN, le maréchal Montgomery devint le premier commandant suprême adjoint des forces alliées en Europe. Dwight D. Eisenhower dans son discours inaugural : « Dans toute l’histoire, c’est la première fois qu’un quartier général de forces alliées a été établi pour préserver la paix et non pour mener la guerre. »
Désormais, sous la direction du général Eisenhower, le siège permanent du SHAPE s’installe à Louveciennes (quartier de Villevert, en limite de Rocquencourt) sur un emplacement dont la France a fait don à l'OTAN, tandis que les officiers et leurs hommes, vont s'installer un peu partout dans la banlieue Ouest de Paris (bureaux, bases, écoles, villages, infrastructures de transmission, ...) et en particulier à Saint-Germain-en-Laye.

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Dans les années 1950, la création du Pacte de Varsovie et la répression de l’insurrection hongroise ont consacré la radicalisation idéologique entre l’Union soviétique et les États Unis, et ont fait comprendre aux Alliés toute la valeur de leur organisation de défense collective. Des plans ont alors été élaborés en vue de la construction d’un siège spécialement conçu pour l’Alliance, avec une valeur de symbole : le bâtiment de la Porte Dauphine, œuvre de l’architecte Jacques Carlu, a la forme d’un « A », comme Alliance. La construction a débuté en 1955, et en 1959, l’Alliance emménageait dans son nouveau siège.

L’EUCOM (United States European Command)
. Les membres de l'Alliance ont réalisé qu'une structure de commandement militaire était nécessaire pour assurer une meilleure intégration des forces de l'OTAN et des lignes de commandement appropriées en cas de crise ou de guerre. C'est ainsi qu'en décembre 1950 le général Dwight D. (Ike) Eisenhower a été nommé Supreme Commander Allied Forces Europe (SACEUR). En fait, dès le 14 décembre 1946, le président Harry S. Truman avait approuvé la formation de l’United States European Command (EUCOM), le Commandement des forces américaines en Europe. Toutefois, les États-Unis n'ont vraiment mis en place cette structure que six ans plus tard, le 1er août 1952, en raison des hésitations de Ike Eisenhower à adhérer à une responsabilité conjointe SACEUR-EUCOM.
. En 1952, le siège est temporairement installé à Francfort dans l'I.G. Farben Hochhaus (rebaptisé C.W. Abrams Building). Il y est resté pendant deux ans jusqu'à ce que des installations permanentes soient disponibles. En 1954, le Grand quartier général des forces américaines en Europe (United States European Command, USEUCOM) s'installe au camp des Loges dans la forêt de Saint-Germain-en-Laye, à proximité du SHAPE.
Le SHAPE et l’EUCOM quittent la France
. En 1956, la crise de Suez mit au jour des divergences considérables entre Londres, Paris et Washington. Une tempête politique commença à se profiler. Le général de Gaulle était partisan d’une plus grande indépendance militaire de la France vis à vis des États Unis.
Le 21 février 1966, le Président de Gaulle déclare publiquement son intention de modifier radicalement la participation de la France à l'Alliance atlantique. Peu après, le 10 mars 1966, le gouvernement français indique que la France se retirait de la structure de commandement militaire intégrée de l'OTAN (cette décision sera annulée en 2009), tout en restant membre de l’Alliance. Ce qui s’est traduit par le refus d’intégrer la dissuasion nucléaire de la France ou d'accepter toute forme de contrôle sur les forces armées françaises, et par la décision de demander le retrait de toutes les forces étrangères du territoire français.
La fracture créée au sein de l'Organisation par le retrait de la France de la structure militaire intégrée de l'OTAN a été amplifiée par le non-respect de l'Article 13 du Traité de Washington qui stipulait qu'après vingt ans d'existence du Traité (donc au plus tôt en 1969), toute partie pourrait décider de ne plus être membre.
Texte original de la lettre du Général de Gaulle au président américain L.B.Johnson
Le 14 mars 1967, le général américain Lyman L. Lemnitzer, qui assure le double commandement du SHAPE et des forces américaines stationnées en Europe (EUCOM), préside au départ des forces américaines du camp de Saint-Germain-en-Laye. A 16 heures, les drapeaux français et américains sont descendus devant des détachements de militaires des deux pays et un groupe de soldats américains plie la bannière étoilée qui flottait sur le camp. Le 31 mars 1967, le siège du nouveau quartier général du SHAPE, est officiellement inauguré à Casteau, près de Mons en Belgique.

Cérémonie de départ des troupes américaines (Saint-Germain-en-Laye, 14 mars 1967)

